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L’hommage de Gérard Collomb à Georges Frêche

Le maire de Lyon, qui s’est rendu mercredi matin aux obsèques de son « ami » Georges Frêche, a salué, par le discours, la mémoire de l’homme. Et réhabilité aussi l'action du politique, souvent vilipendé pour ses dérapages.

Discours prononcé par Gérard Collomb aux obsèques de Georges Frêche

« Madame,

C’est avec beaucoup d’émotion que je prends ce matin la parole pour rendre hommage à Georges Frêche. La mort dimanche vous a ravi un mari, un père, un ami, le Président de votre agglomération, le Président de votre région. Je veux d’abord m’incliner devant votre douleur et vous faire part de notre amitié.


La mort a emporté Georges dimanche alors qu’il était au travail dans son bureau du conseil régional. Et depuis dimanche, l’immense foule qui s’est réunie ici, manifeste que c’est toute une cité, toute une région, qui sont en deuil. Sans doute comprend-on mieux ce que Georges Frêche nous apportait.


Georges n’aimait pas, on le sait, les propos convenus et je n’aurai donc pas ce matin de propos convenus.


La dernière fois où j’ai vu Georges Frêche, c’était le 23 février dernier alors que j’étais venu lui apporter mon soutien face à des attaques que je profondément injustes. J’étais venu surtout apporter mon témoignage. Il est vrai que la vision du monde que pouvait avoir Georges Frêche dérangeait. Elle dérangeait comme celle de tous ceux qui osent, de tous ceux qui tranchent, de tous ceux qui ont le courage de dire tout haut ce que les plus avisés murmurent parfois à voix basse.


Oui, Georges Frêche était un provocateur. Mais pour reprendre la phrase de Berthold Brecht, la provocation, c’était pour lui « une façon de remettre la réalité sur ses pieds ». Alors, parce qu’il était cela, Georges Frêche avait été attaqué, dénigré, jusqu’à l’excès. On avait voulu voir en lui un autocrate, un féodal de province, un raciste, un homophobe. J’avais souhaité alors témoigner de ce qu’était Georges Frêche, dire ce que j’avais pu voir de lui, ce que je connaissais de lui, ce que connaissaient ses amis, les habitants de cette ville, de cette région, qui était aux antipodes de la caricature que l’on faisait de lui.


Georges Frêche et les Harkis...


Je me souviens que lorsque j’étais jeune député en 1981, j’avais été rapporteur du budget des rapatriés et que j’avais été amené à défendre plus particulièrement les droits des Harkis. Georges Frêche avait été à cette époque un des plus ardents à soutenir leur cause à l’Assemblée nationale, avec détermination, avec passion! Et je savais que Georges pensait qu’on avait ignominieusement abandonné en Algérie des Harkis à leur sort. Il aimait profondément les Harkis qui avaient donné leur vie pour un engagement qu’hélas, souvent, on n’avait pas tenu.


Georges Frêche antisémite ?


J’avais accompli avec lui en 1982 une mission en Israël en une époque où il plaidait déjà avec fougue pour le droit à la sécurité de l’Etat hébreu. Pendant ce voyage, avec la culture historique qui était la sienne, il m’avait expliqué combien il était fasciné par l’Histoire du peuple Juif, par sa capacité à surmonter le malheur et à faire vivre sans cesse une nouvelle espérance ! Il m’avait dit son admiration pour ce peuple Juif...

Alors, Georges Frêche antisémite ? C’était aux antipodes de sa pensée.
C’est de tout cela que je voulais témoigner. Je voulais aussi marquer mon respect, mon admiration, pour l’œuvre qu’il avait accomplie.

Georges était un homme de gauche. Il en avait été un des pionniers dans les années 70, en une époque où rien ne laissait présager que la gauche ne puisse jamais l’emporter. Il n’était pas de ceux qui suivaient. Il était de ceux qui construisaient. Il avait d’abord implanté le PS dans cette terre du Languedoc et d’abord dans la ville de Montpellier à force de travail, à force d’enracinement local, à force de contacts, à force d’amitiés nouées avec les habitants de la ville.


Socialiste, il l’était par ses racines familiales. Par sa mère qui sans cesse lui racontait Jaurès. Il l’était aussi par l’immense culture politique qui était la sienne, qui lui faisait embrasser ce que parfois on ne comprenait pas, dans un même mouvement toute notre histoire, celle du bassin méditerranéen et celle de cette région dans une sorte de gigantesque fresque historique.


C’est vrai. Son socialisme n’était pas un socialisme du dogme ! Il le voulait au contraire un socialisme du peuple. Ses concitoyens, Georges Frêche les connaissait dans leur diversité : diversité des origines, diversité des situations sociales. Il en connaissait les drames passés ; il en connaissait les espérances futures et il les aimait dans leur différence, s’attachant à rassembler plutôt qu’à rejeter. Il se voulait ouvert aux petits, à ceux qui étaient modestes, humbles et par contre il était totalement rétif aux attitudes de cour. Il se posait donc comme le représentant de ceux d’en bas et cela irritait quelquefois à Paris.


C’est sans doute pour cela que Georges ne fut jamais ministre, lui le rebelle des années 60, le révolté, parce qu’on voulait l’obliger à se fondre dans un moule dans lequel il ne voulait pas se fondre au risque de perdre son âme. Il disait donc ce qu’il pensait et il le disait haut et fort ! Avec ses mots à lui, des mots rudes mais qui à la base sonnaient souvent justes.


Je suis de ceux qui regrettent qu’il n’ait pas pu apporter au niveau national ce souffle qu’il avait apporté à votre ville, Montpellier et à votre région le Languedoc Roussillon. Car, quel élan ! Georges a véritablement révolutionné votre ville, il l’a littéralement tirée de l’anonymat pour en faire Montpellier la surdouée.

On voit, quelquefois, moins bien les choses quand on est près. Mais je peux vous certifier que de l’extérieur, l’élan donné à Montpellier apparaît à chacune et à chacun, à tous les Maires de France comme véritablement extraordinaire.
Oui, Georges Frêche avait une vision pour sa ville : Montpellier la surdouée, championne de l’économie de la connaissance. Il avait compris qu’il fallait rentrer dans cette économie nouvelle, dans cette économie des technologies nouvelles, que c’est comme cela que



Tags : collomb | freche |

Commentaires 4

Déposé le 27/10/2010 à 21h54  
Par dominique Citer

Qui mieux que Gérard Collomb pouvait avec amitié, sincérité et respect rendre hommage à Monsieur Frèche ? Hommage rendu par le Maire d'une grande ville de "Province"( comme on l'entend dans le microcosme parisien), fidèle compagnon de route face au parisianisme condescendant. Gérard et Georges ont en commun de savoir ce que veut dire : conduire pour son agglomération une politique équilibrée, agir quotidiennement pour construire les conditions d'un développement économique et social pour le bien être de ses administrés, avoir une vrai vision stratégique. Bravo Monsieur Collomb et merci pour la sincérité de vos propos. C'est trop rare au PS.

Déposé le 27/10/2010 à 20h14  
Par Chan Moreno Citer

Au nom de toute ma famille, je tenais à vous remercier pour l'hommage que vous avez rendu à Georges Frêche ce matin. Recevez toute notre reconnaissance !

Déposé le 27/10/2010 à 18h04  
Par sylvie Citer

Monsieur le Maire de Lyon Je tiens à vous remercier pour le bel hommage que vous avez rendu au Maire de Montpellier Georges Frêche ce matin (avec la mise au point juste et précieuse sur le personnage ... ). J'ai beaucoup apprécié votre discours. Une habitante de Montpellier Sylvie Bournisien

Déposé le 27/10/2010 à 17h08  
Par jean michel Th. Citer

Très beau discours, que j'ai pu écouter en drect sur France Bleu Hérault. Beacoup d'émtion, mais surtout aussi, de sincérité dans ce témoigage précieux. Très bel éloge, par aileurs au socialisme populai défendu par Gérard COLLOMB et méprisé par les cadres parisiens du PS Et pourtant, ce sont bien ces grands éls qui ont changé la vie, changé leur ville. PS : Félicitations à Madame AUBRY, sa commande de livre auprès de Madame MANDROUX arrive à point.

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