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Catherine Fradier : Noire mais lumineuse

A 50 ans, la Drômoise Catherine Fradier vient d’obtenir deux prix successifs pour des romans qui se déroulent en partie à Lyon. Une récompense pour cette auteur qui est venue à l’écriture assez tard. Portrait.

Manteau en cuir, pantalon en toile, Doc Martens, lunettes et même cheveux... Tout est noir chez Catherine Fradier. Comme ses polars. En deux ans, elle a publié deux livres sur des thèmes très durs : la pédophilie d’abord, avec “la Colère des enfants déchus”. Un livre qui a obtenu le prix de Grand Prix de la littérature policière en 2007. Et Camino 999, qui lui a valu un procès retentissant avec l’Opus Déi, une organisation catholique très controversée, qui est au cœur de cet ouvrage.
Pourtant, cet écrivain n’a rien d’un personnage sombre, énigmatique... Au contraire, cette femme de 50 ans est souriante, dynamique, spontanée... Très extravertie. C’est surtout une passionnée, curieuse de tout. Et elle s’emballe vraiment quand on aborde des sujets qui lui tiennent à cœur. D’ailleurs, son parcours est assez significatif.

Aristocrates russes
Née le 22 juin 1958 à Valence, Catherine Fradier est l’aînée d’une famille de quatre enfants. Son père, Michel, est cadre à la SNCF alors que sa mère Vera Nesovibatko qui est d’origine ukrainienne est traductrice. D’ailleurs, Catherine Fradier va être marquée par l’histoire familiale maternelle. Avec des personnages de roman. D’abord, son arrière-grand-père, grand propriétaire terrien qui avait 2 000 moujiks, va se tirer une balle de revolver dans la tête en 1917 quand les Bolchéviques envahiront ses terres. Ses grands-parents vont se réfugier en France, avant de se laisser convaincre par Staline de revenir en Russie après la deuxième guerre mondiale. Un piège, puisqu’ils vont alors être déportés en Sibérie. La mère de Catherine Fradier a alors 9 ans. Et c’est sa grand-tante, une des seules femmes pilotes de bombardier, héroïnes de l’Union soviétique, qui va les aider à fuir la Russie pour se réfugier à Paris en 1955. Le 25 novembre, jour de la Sainte-Catherine. D’où son prénom.
La jeune Catherine, installée à Valence avec son frère et ses deux sœurs, va suivre l’ensemble de sa scolarité dans des établissements privés religieux. Mais ses résultats sont plutôt moyens. D’ailleurs, elle va louper son bac littéraire. Et elle décide alors de travailler comme réceptionniste dans un hôtel. C’est à cette époque qu’elle rencontre Bernard, commercial chez Renault.

Brigade de nuit à Paris
A 23 ans, elle accouche de Vera. Et elle cherche un travail stable et décide devenir fonctionnaire. Elle a le choix entre les impôts et la police. “J’ai choisi la police parce que ça gagnait un peu plus” explique Catherine Fradier qui devient gardien de la paix à Paris, dans le XIIIe arrondissement, dans une brigade de nuit. “Le premier soir, mes collègues m’ont dit : «Les femmes, on n’en veut pas. C’est fait pour être devant les fourneaux ou dans un plumard». Elle tiendra quand même trois ans. Mais cette expérience va la marquer : interventions musclées, fouilles corporelles, alertes à la bombe... . “En trois ans, j’ai vu plus de choses que je n’en verrai dans toute ma vie”. Finalement, elle démissionne et en 1985, elle rejoint son mari à Valence où elle devient alors agent de sécurité dans un supermarché. Puis elle va enchaîner de nombreux jobs. “Je ne pouvais pas rester plus de trois ans dans un boulot. En fait, dès que j’avais fait le tour de la question, je changeais.” Ce qui lui permet de découvrir des univers très différents et d’enchaîner les formations : commerciale, gestion, anglais, aéronautique... Elle dirigera même un bar-restaurant.

Deux livres primés
En 1995, alors qu’elle écoute une émission de France Culture, elle décide de participer à un concours de lettres. Elle le rate mais c’est le déclic. Elle se met à écrire et elle devient veilleuse de nuit pour avoir plus de temps. Elle gagne alors un concours de nouvelles à Valence. Ce qui lui permet d’entrer en contact avec Jean-Bernard Pouy, le directeur du Poulpe. Une collection qui met en scène toujours le même personnage, Gabriel Lecouvreur, mais dont chaque tome est rédigé par un auteur différent. Fradier publie alors son premier livre, “Un poison nommé Rwanda”, sur le génocide des Tutsis par les Hutus. Elle enchaîne avec quatre autres romans en deux ans. Sans vrai succès. “C’étaient des petits livres sans prétention. Un peu amateurs” reconnaît Catherine Fradier qui suit une formation pour animer des ateliers d’écriture puis une école de scénaristes.
Et c’est seulement en 2006 qu’elle publie “La colère des enfants déchus” puis “Camino 999”. Deux romans qui vont remporter un joli succès. D’ailleurs, aujourd’hui, elle vit de ses livres.
Son prochain roman : un polar sur l’agent orange, ce pesticide utilisé par l’armée américaine au Vietnam qui fait encore aujourd’hui de sacrés dégâts dans la population. Et elle s’est beaucoup documentée. “J’ai lu des dizaines de livres, des journaux, des rapports.. Et chaque fois, je réalisais des fiches. C’est simple, pour une heure d’écriture, je me documente pas loin de 15 heures !” explique cette écrivain perfectionniste qui aime le vrai, la précision,... “Inventer, c’est beaucoup plus exigeant que raconter ce qu’on a vécu” souligne Catherine Fradier qui prépare une série télé sur l’espionnage industriel. Alors que son Camino pourrait également être adapté à la télévision. Mais aujourd’hui, cette fonceuse prend son temps. Car elle a trouvé sa voie. Et elle ne veut pas décevoir : “j’ai l’impression qu’on ne me pardonnera pas un livre facile...”
Toujours inquiète, au fond. Même si elle a l’air plus sereine. Certes aujourd'hui, elle ne passe plus d’un job à l’autre. Mais toujours aussi curieuse, elle passe d’un sujet à l’autre. Toujours aussi engagée, toujours aussi passionnée. Noire mais lumineuse.

Maud Guillot



Tags : portrait | fradier |

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