Les contre-vérités de la grippe A

Les contre-vérités de la grippe A

Un gouvernement à l’unisson, une ministre de la Santé offrant son bras à la sacro-sainte aiguille et des centres de vaccination qui ouvrent même le dimanche... La grippe A, c’est, pour le moment, la synergie des bonnes volontés, doublée des incontournables débordements dûs à son arrivée. Telle une rock-star, elle fait fermer les centres de vaccination pour cause de foule trop nombreuse, et accapare les conversations à la machine à café. Et au delà du folklore, certains professionnels de la Santé s’alarment. Leur légitimité ? Leur expertise avant tout. Le point avec le Dr Plasson, médecin généraliste à Ecully.

«C’est une situation ubuesque. En trente ans de médecine, les pouvoirs publics m’ont fait avaler des couleuvres... Mais celle-là, je refuse de l’avaler !»
Vous l’aurez compris, Michel Plasson est à contre courant de tout ce que l’on peut entendre en ce moment. Dans le grand Barnum de la vaccination, ce médecin a retiré son nez rouge, et laissé la tenue d’Auguste de côté. Fini le numéro de clown, et l’unisson avec les pouvoirs publics. Car ce que dénonce Michel, c’est tout le processus mis en place pendant cette épidémie : des mesures de prévention, jusqu’à l’utilisation massive du Tamiflu, en passant par la campagne de vaccination de masse.

Et pour Michel, tout dans l’arrivée du virus fleurait bon le grotesque : «ll y a un mois, quand il y avait trois cas de grippe A dans une classe, on fermait l’école voire l’établissement. Tout d’un coup, alors que dans certains établissements plus de la moitié des élèves sont malades, on ne ferme plus. Ce qui prouve que la mesure d’origine est absurde.» Logique implacable de ce professionnel de la santé, qui met en lumière les malfaçons stupéfiantes des réactions face à l’épidémie, et du manque de cohérence de celles-ci. Et de reprendre sans circonstances atténuantes sur les premières campagnes de vaccination : «Dans certaines régions de France, les préfets réquisitionnaient à tour de bras les médecins généralistes pour qu’ils aillent vacciner dans les centres. C’est une mesure absurde. La seule solution aurait été de réquisitionner tous les généralistes jusqu’en Mars, cela aurait été une mesure encore plus absurde.» L’ «absurde», dans la bouche de Michel, revêt, comme pour certains médicaments, un aspect générique, particulièrement quand il s’épanche sur la mise en place du traitement de la grippe A par les pouvoirs publics.

Et cela commence avec le masque de protection, qui ne trouve aucun crédit à ses yeux :  « Les masques, personne n’est capable de nous dire s’il faut que ce soit les malades qui les portent ou s’il faut que ce soit les porteurs sains. La seule solution valable aurait été que tout le monde porte des masques tout le temps.» conclut-il, ironique sur le réel dessein préventif de cet objet, qui rapporte plus à ses fabricants qu’aux potentiels malades. Quant aux solutions hydro-alcooliques, Michel ne leur trouve pas plus d’utilité que le dernier des accessoires people à la mode : « On se lave les mains avec du savon et après on les passe à l’alcool. Cela équivaut à tous les gels hydro-alcooliques, et cela coûte bien moins cher.» Finalement, pour Michel, toute cette campagne est infantilisante. Et c’est toujours avec ses mots, et son sens de la formule, qu’il souhaite éveiller les consciences : « S’il a fallu faire toute cette campagne pour inciter les gens à se laver les mains, c’est tout de même un peu risible. Bien sur qu’il faut se laver les mains, et je suis content d’apprendre aux gens qu’il faut se laver les mains, surtout quand ils sortent des toilettes. Je ne me moque pas, mais on nous prend pour des «gogoles».» Des termes dont la force trahit l’exaspération de Michel. Car au-delà des campagnes de prévention de masse, vulgarisées à l’extrême, et qui résonnent parfois comme des cours d’hygiène à grande échelle pour les dégoûtants que nous sommes, niche une réalité plus problématique.

Le problème que pose tout d’abord le Tamiflu ne laisse pas Michel de marbre. Cet anti-viral, n’apporte, pour lui, aucune solution concrète et efficace au traitement de la grippe. S’il confesse, du bout des lèvres, que « le Tamiflu peut sans doute ralentir la grippe quand elle est installée», il est plus critique avec la famille de ce médicament, les anti-viraux. «Sur les grosses épidémies de grippe autrefois, on donnait déjà des anti-viraux. On savait déjà à l’époque, il y a vingt ou trente ans, que l’efficacité était médiocre. Mais, par contre, nous étions sûr des effets indésirables. Il y a des phénomènes digestifs, cutanés, des phénomènes de fièvre...» Pour Michel, aucun intérêt donc à continuer unilatéralement avec ce médicament : «Quel est l’intérêt des anti-viraux systématiques dans les grippes en général et le tamiflu en particulier. Tout le monde est assez d’accord pour reconnaître que l’efficacité du tamiflu est limitée. Tout le monde est d’accord pour le reconnaître, sauf les laboratoires.»

Alors que pense Michel de la finalité du processus ? Les formules humoristiques sur le lavage des mains passent encore, mais comment imaginer l’homme de science contre la vaccination ? Et d’emblée, le généraliste nous rassure : «Je suis pour la vaccination». En y ajoutant toutefois un condition : «Je suis pour la vaccination, au cas par cas». Car, au delà de la posture de contradiction dans laquelle se rengorge parfois le Dr Plasson, se cache une perspective moins réjouissante : celle de la mutation du virus. «Mon grand souci, c’est que ce virus de la grippe est, par sa nature, un virus mutant. A force de faire une vaccination de masse, le risque majeur, c’est qu’il va muter encore plus vite. A terme, on aura un super virus de grippe contre lequel on ne pourra rien faire.» Cette possibilité théorique n’a pour l’instant aucun précédent médical, et n’est qu’une hypothèse émise.
La solution du «cas par cas», c’est donc autoriser les médecins généralistes à vacciner. Cette perspective ne sera sans doute pas mise en place pour les pouvoirs publics, et c’est tant pis : « J’ai des patients, avec de graves maladies pulmonaires, diabétiques, avec des insuffisances cardiaque. J’aurais vraiment voulu les vacciner contre la grippe H1N1, au cas par cas. Mais je ne peux pas, cela nous est interdit. Les médecins généralistes n’ont pas le droit. Alors je dis au gens : «Vous risquez de vous la prendre la grippe A ! Vous risquez d’en claquer, mais ce n’est pas de ma faute.» La radicalité peut choquer. Et quand on oppose à Michel des finalités plus pécuniaires que médicales, sa réponse ne se fait pas attendre : «Cela ne me fera pas gagner un rond, j’en ai rien à secouer. Je demande seulement la possibilité de vacciner ou de faire vacciner les gens que j’estime à risque, sans attendre qu’ils chopent la grippe A et qu’ils en claquent.»

Les formules sont souvent grossières et appuyées. Mais si Michel Plasson av

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14 commentaires
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Katy le 08/02/2010 à 11:31

Super Michel! enfin un qui ose parler et dire la vérité.

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Fernand FAURE de Saint Didier au Mont d'Or le 16/01/2010 à 18:44

On ne peut qu'être de l'avis de Michel PLASSON et c'est mon cas !! Non parcqu'il est mon médecin traitant, mais parce qu'il réfléchit en professionnel et avec sa tête, pas avec son portefeuille comme le gouvernement qui a fait une campagne de comnumication, comme à son habitude, complètement râtée, honteuse et conte-productive. Continue à parler franc et sans langue de bois Michel, c'est comme ça qu'on t'aime. Bavo aussi aux journalistes et à LyonMag qui ont eu eux aussi le courage de rédiger et publier cet article, là aussi à conte-courant.

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LG le 16/01/2010 à 14:26

Voici un médecin généraliste consciencieux et professionnel qui fait son devoir et nous informe avec beaucoup de pédagogie et de simplicité. Par qui les décisions ont elles pu être prises au Ministère pour être autant à côté de la plaque ?

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Christine et Xavier le 15/01/2010 à 15:54

Bravo à ceux qui ont donné la parole à un homme de génie, créatif, visionnaire et logique.

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Isabelle de Civrieux le 14/01/2010 à 22:02

comme on choisit son médecin on se soigne !

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Sophie de Dardilly le 08/01/2010 à 16:10

Bravo Michel pour ta franchise, je reconnais-là le même bon sens que tu mets à nous soigner depuis des années.

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ETOILES le 23/12/2009 à 04:03

BRAVO. ENFIN UN MEDECIN QUI N A PEUR DE RIEN ET QUI PARLE LIBREMENT. ENCORE MILLE FOIS BRAVO. IL FAUDRAIT PEUT ETRE UTILISE L ARGENT DES CONTRIBUBLES A AUTRE CHOSE QU A CETTE CAMPAGNE SURMEDIATISEE. CHACUN A LE DROIT DE DECIDER DE SES PROPRES DECISIONS ET MEDICALEMENT ON A RIEN A NOUS IMPOSER ! CORDIALES SALUTATIONS UNE DE VOS PATIENTES Sylvie

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Frédérique & Pierre le 20/12/2009 à 14:30

Bravo tonton Mich, mille fois bravo. Il faut que cet article soit largement diffusé et finisse d'ouvrir les yeux des français que les pouvoirs publics endorment.... Soyons nombreux à te soutenir

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Manue07300 le 19/12/2009 à 20:46

Encore une fois et comme d'habitude tu as tout à fait raison Michel. Bravo ! Continue comme ça, c'est toi qui est dans le vrai. On compte sur toi...

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angèle mions le 09/12/2009 à 18:17

Bravo Michel pour ton "coup de gueule" - si seulement les pouvoirs publics pouvaient réagir dans ce sens ...

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francis orosco le 09/12/2009 à 09:26

bravo michel tu raison a 200%

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francis le 09/12/2009 à 09:22

bravo michele tout a fait raison!!!!

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iphali10 le 08/12/2009 à 14:59

Bravo au docteur MICHEL qui parle pour la majorité des français que l'on prend pour des imbeciles et des ignorants

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Réaction le 08/12/2009 à 10:26

Honte aux pouvoirs qui publics qui n'autorisent pas la vaccination chez les médecins généralistes. C'est contre productif et dangereux.

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