Pourtant, à Saint-Priest, la liste menée par Tiffany Joncour ressemble davantage à un vestige des vieux démons du Front National qu’à une alternative crédible pour la commune. Entre absences géographiques, dérapages numériques et entre-soi familial, le spectacle électoral réserve parfois des distributions qui laissent songeur, et la liste locale du RN ne fait pas exception à la règle.
Tout commence par la tête d’affiche, Tiffany Joncour, qui semble considérer la ville comme une simple escale technique. Être députée est une chose, mais briguer une mairie sans y avoir ses habitudes ni son domicile relève de la prestidigitation géographique.
Un parachutage en règle qui interroge sur la sincérité de son engagement local, d’autant plus qu’elle candidate également à la Métropole de Lyon. Comme dirait l'autre, les parachutes, c’est bien pour descendre du ciel, mais ce n’est pas terrible pour s’enraciner sur un territoire. Pour faire simple, elle voudrait les clés de la maison sans jamais y avoir mis les pieds : cela ressemble indéniablement à du tourisme électoral !
Mais le véritable "atout" de cette liste se trouve en deuxième position : André Pozzi, qualifié par Le Progrès de "sulfureux", est aujourd'hui épinglé pour une activité numérique que Rue89 Lyon qualifie de « roue libre ». Ses réseaux sociaux sont un catalogue des obsessions les plus sombres : partage de publications à caractère raciste, homophobe et antisémite.
Son pedigree ne s'arrête pas à ses tweets. Déjà exclu du FN en 2013 pour "comportement inapproprié", il traîne derrière lui un passif qui ferait pâlir n'importe quel candidat sérieux. En 2016, il faisait un passage en garde à vue pour des SMS menaçants envoyés à des membres de son propre camp. Il doit aujourd’hui faire face à une plainte pour diffamation déposée par le maire actuel, Gilles Gascon, suite à des propos insultants sur les réseaux sociaux. Quand on a le clavier qui démange et le passé qui bégaie, le silence est généralement une option plus élégante…
Au-delà de l'idéologie, c'est la structure même de la liste qui confine au grotesque. Oui, le chef-d'œuvre absolu de cette liste, c’est le casting ! C’est plus un parti, c’est une vraie épicerie familiale. À Saint-Priest, le "Rassemblement" se fait surtout autour de la table du dimanche. On n'y cherche pas des compétences, mais des liens de parenté.
Dans ce clan refermé sur lui-même, on ne recrute pas sur le talent, on vérifie l’ADN. André Pozzi a intégré pas moins de trois membres de sa propre famille, incluant son épouse et sa sœur. La liste compte également sept couples, transformant une campagne municipale en une sortie de groupe. Au total, 18 personnes sur 45 (soit près de la moitié de la liste !) sont issues de seulement 8 familles. Ce n'est plus une liste électorale, c'est une cousinade financée par les deniers publics.
Alors que le RN prétendait avoir chassé ses "brebis galeuses", il semble qu'à Saint-Priest, elles aient non seulement le droit de citer, mais qu'elles tiennent le haut de l'affiche. Entre une tête de liste absente et un numéro 2 obsédé par la haine en ligne et le népotisme, cette liste est un affront à l'intelligence des électeurs. Au final, le projet proposé aux San-Priots est d'une clarté limpide : une étrangère pour l'image, un personnage "sulfureux" pour le tempérament, et toute la smala pour remplir les sièges. Nul doute que les citoyens ne seront pas dupes d'une pièce de théâtre où les rôles sont déjà réservés aux membres du cercle intime.
Peut-on confier les clés d'une ville à un clan qui confond conseil municipal et album de famille, tout en flirtant avec l'illégalité et l'intolérance ? La réponse appartient aux habitants de Saint-Priest. On la devine cinglante !
Yves Dupuy
Artiste san-priod engagé