Située "au cœur des grands axes de circulation reliant la Méditerranée à l’Europe du Nord", la région Auvergne-Rhône-Alpes occupe une position stratégique. Avec ses 1200 agents, elle constitue "la deuxième interrégion en termes d’effectifs, car c’est un carrefour", explique Hugues-Lionel Galy, directeur interrégional.
En 2025, les douaniers de la région Auvergne-Rhône-Alpes ont saisi 7,121 tonnes de produits stupéfiants, contre 5,730 tonnes en 2024. Une hausse notable qui représente un manque à gagner estimé à plus de 73 millions d’euros pour les organisations criminelles. Cannabis, cocaïne et drogues de synthèse composent l’essentiel de ces prises, confirmant une activité particulièrement soutenue des services douaniers.
Le directeur interrégional insiste d’ailleurs sur le volume des procédures engagées : "1500 contentieux en matière de stupéfiant cette année ça fait quatre par jour." Mais ce bilan record reste ambivalent. "Je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle car ça veut dire deux choses soit on travaille mieux soit il y a davantage de produits stupéfiants qui circulent," confie-t-il, reconnaissant avec ironie qu’il doit y avoir "un peu des deux."
La cocaïne en forte progression, une tendance inquiétante
L’année 2025 marque surtout une progression spectaculaire de la cocaïne. Avec 1,056 tonne saisie contre 203 kg en 2024, la hausse est qualifiée d’exponentielle. Le phénomène s’inscrit dans une dynamique nationale où les quantités interceptées atteignent des niveaux record.
Parmi les opérations marquantes, la saisie de 826,38 kg de cocaïne le 16 mars 2025 par les douaniers de Romans illustre cette montée en puissance. Le communiqué précise que "la péninsule ibérique s'affirme un peu plus comme la porte d'entrée de la cocaïne en Europe", notamment via le vecteur terrestre.
Pour Hugues-Lionel Galy, cette évolution s’explique par des mutations du marché mondial des stupéfiants. Le directeur explique que le marché américain s’est progressivement détourné de ce produit, notamment en raison du développement de nouveaux stupéfiants chimiques comme le fentanyl, mais aussi sous l’effet des dernières politiques mises en place. Hugues-Lionel Galy que "l’Europe est donc devenue un nouveau marché pour la cocaïne".
Des trafics qui se diversifient et s’adaptent
Au-delà des stupéfiants, les douanes poursuivent leur action contre d’autres formes de fraude. Plus de 32 tonnes de tabac de contrebande ont été saisies en 2025 dans la région, notamment dans le cadre d’opérations ciblant les flux postaux, les voyageurs ou encore les ventes en ligne. Dans ce contexte, le Groupe de Lutte Anti-Trafic (GLAT) de Grenoble a intercepté à lui seul 4,115 tonnes de tabac brut destiné à la revente sur internet.
Le développement du e-commerce constitue aussi un défi croissant. "Vecteur exponentiel", selon les Douanes, il s’accompagne d’un afflux massif de "petits colis" en provenance de plateformes extra-européennes. En Auvergne-Rhône-Alpes, cette évolution s’est traduite par 2286 contentieux portant sur des contrefaçons, des produits stupéfiants ou des marchandises non conformes.

Le directeur évoque également les effets de certaines évolutions réglementaires. "Avec la 'taxe petit colis' il y a eu un déport de l’arrivée des marchandises […] vers des pays frontaliers comme la Belgique", explique-t-il, soulignant les adaptations rapides des circuits de fraude.
Des méthodes de plus en plus sophistiquées
Les services douaniers ont aussi renforcé leur action contre les flux financiers illicites. En 2025, plus de 5 millions d’euros ont été saisis au titre du blanchiment douanier, soit une hausse de 300 % par rapport à l’année précédente. "Concernant la fraude financière on a les meilleurs chiffres de France", affirme le directeur, qui reconnaît toutefois que "la frontière avec la Suisse n’y est pas pour rien."
Parallèlement, certains produits connaissent une progression notable. Les articles de pyrotechnie figurent parmi les principales nouvelles hausses de saisies, avec 67 000 unités retirées du marché, tout comme le protoxyde d’azote, dont 873 kg ont été interceptés.
Pour revenir sur le sujet du trafic de stupéfiants au trafic de stupéfiants, les douaniers doivent en permanence redoubler de vigilance face à des stratégies de dissimulation toujours plus élaborées. Parmi les procédés les plus difficiles à détecter figure notamment la drogue diluée sous forme liquide dans des bouteilles d’alcool.
Mais les agents sont également confrontés à des tentatives plus insolites. Ils ont ainsi présenté un exemple particulièrement audacieux détecté dans la région : un jeu de société Monopoly qui, en apparence, n’avait rien de suspect. À l’intérieur, pourtant, se trouvait une importante quantité de cannabis. Le coffret, soigneusement emballé dans un film plastique et parfaitement refermé, laissait apparaître les pièces du jeu comme s’il était neuf. Une méthode de dissimulation aussi discrète qu’ingénieuse.


Face à la montée en puissance des trafics, les organisations criminelles adoptent des méthodes de plus en plus élaborées. Le directeur alerte notamment sur l’utilisation de traceurs GPS dans les marchandises saisies. "Il faut maintenant vérifier systématiquement qu’il n’y a pas d’AirTag dans la marchandise saisie", explique-t-il, évoquant des situations où des réseaux se sont "dangereusement approchés" des lieux de stockage.
Cette évolution témoigne d’un niveau de structuration et de dangerosité accru. "Les personnes qui ont de l’argent ont dû pouvoir. Et donc c’est un risque de déstabilisation de l’État", met en garde le responsable, fort de son expérience passée aux Antilles-Guyane.
Malgré un bilan qualifié de "très belle année en termes d’activité et de contentieux", les défis restent nombreux. Pour 2026, "la motivation des collègues ne se démonte pas les trafics non plus", constate le directeur. La douane entend poursuivre son action dans un contexte toujours plus complexe. La direction interrégionale des douanes fixe un cap clair pour l’année à venir : "protéger, sécuriser, accompagner".
Bravo aux douaniers, il faut continuer sur cette lancée
Signaler RépondreOn va bientôt habiter en Mexifrance...
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