Le déploiement d’une banderole de 20 mètres n’aura pas lieu place Saint-Jean. Dans un arrêté signé ce jeudi 13 août, le préfet délégué pour la défense et la sécurité Antoine Guérin interdit le rassemblement annoncé pour dimanche à 18h en faveur du "Save Europe Act".
L’interdiction porte sur l’ensemble du territoire de la Métropole de Lyon. La manifestation avait été déclarée le 11 août auprès de la préfecture du Rhône.
Un contre-rassemblement également annoncé
Le projet avait suscité la réaction de la CGT du Rhône, qui avait demandé son interdiction dans une lettre ouverte datée du 10 août. Le syndicat estimait que ce rassemblement promouvait des idées "racistes, obscènes et en contradiction avec les valeurs et principes républicains" et faisait craindre des "troubles à l’ordre public et violences de rue".
Un contre-rassemblement avait également été déclaré pour dimanche devant la cour d’appel de Lyon, dans le 5e arrondissement. Plusieurs collectifs et organisations, parmi lesquels Young Struggle Lyon, Nous Toutes Rhône, Lyon Antifa, l’UNEF Lyon, Extinction Rebellion Lyon, Attac Rhône ou encore le NPA Anticapitaliste 69, avaient appelé à cette mobilisation présentée comme "antifasciste et antiraciste".
La préfecture redoute des affrontements
Pour justifier sa décision, la préfecture met notamment en avant le contenu de l’initiative "Save Europe Act", portée selon elle par des mouvements souverainistes, identitaires et de droite nationale européens et faisant référence au concept de "remigration".
Les services de l’État considèrent que l’objet du rassemblement est susceptible de porter atteinte à la dignité humaine et d’inciter à la haine ou à la discrimination. L’arrêté rappelle également que la Commission européenne a refusé, le 22 juillet, l’enregistrement de cette initiative citoyenne européenne, jugeant que le moratoire proposé sur certaines formes d’immigration introduirait une discrimination fondée sur la race et l’origine ethnique.
La préfecture insiste aussi sur "l’antagonisme récurrent et violent" entre mouvances d’ultra-droite et d’ultra-gauche dans le Rhône. La coexistence du rassemblement et de sa contre-manifestation pourrait, selon elle, attirer des militants radicaux et provoquer des affrontements ou des dégradations.
À cela s’ajoute la mobilisation des forces de l’ordre pendant le week-end du 15 août, notamment pour sécuriser la rencontre de football Grenoble-Metz qualifiée de sensible et faire face à un rassemblement automobile illégal annoncé, dont le lieu et la date restaient alors inconnus.
Jusqu’à six mois de prison pour les organisateurs
L’organisation d’une manifestation interdite est passible de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende. La participation à une manifestation interdite peut également être sanctionnée par une contravention de quatrième classe.
Le maire de Lyon Grégory Doucet s'est félicité de cette interdiction : "Fidèle à ses engagements en matière de lutte contre le racisme, la haine et toutes les formes de discrimination, la Ville de Lyon remercie le préfet du Rhône d’avoir entendu la demande de la Ville et d’avoir pris la décision d’interdire ce rassemblement annoncé à Lyon autour de la "remigration". Lyon est et restera une ville ouverte, fraternelle et attachée à l’égalité de toutes et tous. Nous ne laisserons pas prospérer sur notre territoire la haine, le racisme ou les discours qui cherchent à opposer les habitants les uns aux autres".