Encadrement des loyers à Lyon : une fausse bonne idée qui aggrave le mal qu’elle prétend combattre

Encadrement des loyers à Lyon : une fausse bonne idée qui aggrave le mal qu’elle prétend combattre

L’encadrement des loyers partait d’une intention légitime : protéger le pouvoir d’achat des locataires. Mais une politique publique ne doit pas être jugée sur ses intentions. Elle doit l’être sur ses résultats.

La nouvelle présidente de la Métropole, Véronique Sarselli, assume désormais une rupture claire avec ces prédécesseurs : elle considère l’encadrement comme contre-productif et a confirmé sa volonté d’y mettre fin, estimant qu’en pleine crise du logement la priorité doit être de relancer la construction et l’offre. 

Après plusieurs années d’expérimentation à Lyon et Villeurbanne, il faut avoir le courage de le dire : l’encadrement des loyers est une fausse bonne idée. En voulant protéger le locataire par la contrainte, il fragilise progressivement l’offre dont celui-ci a précisément besoin. 

Un dispositif qui ne règle pas la pénurie

Certes, les travaux des économistes Gabrielle Fack et Guillaume Chapelle montrent un effet modérateur sur les loyers. Mais pendant que nous plafonnions les prix, la pénurie, elle, continuait de s’aggraver. 

Les chiffres de LocService sont éloquents. Leur indicateur de tension, qui rapporte le nombre de candidats au nombre d’offres disponibles, est passé à Lyon de 9,76 début 2024 à 12,97 en 2025, pour atteindre encore 12,27 en 2026. Lyon est désormais la grande ville la plus tendue de leur classement. 

Il serait évidemment simpliste d’attribuer cette situation au seul encadrement : effondrement de la construction, taux d’intérêt, fiscalité et contraintes énergétiques ont également pesé. Mais après plusieurs années d’application,

une évidence demeure : réglementer davantage les prix n’a pas créé un seul logement supplémentaire. 
Plafonner les loyers, mais à quel prix ?

Contraindre la rentabilité d’un investissement locatif peut décourager ceux dont nous avons besoin pour financer le parc. 

Un propriétaire bailleur n’est pas une abstraction économique. Il mobilise son épargne, emprunte souvent sur vingt ans, supporte les intérêts, la taxe foncière, les charges, le risque d’impayé et finance les travaux. Lorsque ses coûts augmentent mais que ses recettes sont plafonnées, trois choix apparaissent : investir moins, rénover moins ou vendre. 

C’est particulièrement incohérent au moment où la rénovation énergétique exige des investissements considérables. On ne peut pas demander aux propriétaires de rénover toujours davantage tout en réduisant leur intérêt économique à le faire. À terme, c’est aussi la qualité du parc locatif qui risque d’en pâtir. 

Des loyers moins élevés ne signifient pas forcément un logement plus accessible 

Il existe surtout un paradoxe social rarement évoqué. 

Lorsque douze candidats se présentent pour un logement, le propriétaire choisit naturellement le dossier présentant les meilleures garanties : revenus élevés, CDI, stabilité professionnelle, garant solide. 

Le loyer peut donc être moins élevé sans que le logement soit plus accessible. Les ménages qui auraient le plus besoin de gagner du pouvoir d’achat restent souvent ceux qui rencontrent le plus de difficultés à franchir la porte. 

L’encadrement traite ainsi le symptôme : le prix, sans traiter la maladie : la pénurie.

Sortir de la contrainte pour retrouver l’offre

La politique du logement doit changer de logique. Construire davantage, simplifier l’urbanisme, faciliter la division des grandes surfaces, remettre les logements vacants sur le marché, accélérer les autorisations et encourager réellement la rénovation. 

Et surtout, arrêter d’opposer propriétaires et locataires. Leurs intérêts sont plus liés qu’on ne veut l’admettre : sans investisseurs, moins de logements ; sans logements, davantage de concurrence entre locataires ; et avec davantage de concurrence, les plus fragiles sont les premiers pénalisés. 

La fin de l’encadrement des loyers serait donc moins un cadeau fait aux propriétaires qu’un changement de méthode devenu nécessaire. 

Car le marché locatif lyonnais ne manque pas de règles. Il manque de logements. 

Et tant que douze candidats se disputeront une offre, plafonner les loyers restera une réponse séduisante politiquement, mais insuffisante économiquement et potentiellement contre-productive. 

La meilleure protection du locataire n’est pas de réglementer toujours davantage le logement qu’il espère obtenir. C’est de lui permettre enfin d’avoir plusieurs logements parmi lesquels choisir.

Pierre François

Cofondateur de Catanéo (groupe immobilier lyonnais - 1 300 locataires - 200 projets immobiliers à Lyon chaque année).

3 commentaires
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Exact le 02/11/2026 à 08:47
Reno F a écrit le 02/11/2026 à 08h36

Encore un professionnel de l'immobilier qui confond pénurie de logements et encadrement des loyers.
Ne vous fiez pas à son discours éculé, il défend (que) les propriétaires.

Les agences et régies immobilières sont du côté des bailleurs. Les locataires, ils s'en foutent éperdument 👍

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toi, t’as rien compris a l’article le 02/11/2026 à 08:42

il ne confond pas : il montre le lien cause/conséquence entre les deux. Et sa démonstration est simple et claire.

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Reno F le 02/11/2026 à 08:36

Encore un professionnel de l'immobilier qui confond pénurie de logements et encadrement des loyers.
Ne vous fiez pas à son discours éculé, il défend (que) les propriétaires.

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