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Romain Blachier - DR

Les tomates anciennes

Romain Blachier - DR

Avec les beaux jours arrivent les légumes de l'été. Symbole des symboles de ces brillances qui s'annoncent, resplendissant du pourpre des évêques ou de la verdeur de ces temps printaniers, la tomate est l'éclatante reine des temps du soleil. Mais attention malheureux, prenez garde !
Tout comme il y existe des degrés de noblesse entre les barons et les ducs, l’ambiguë fruit connaît lui aussi la distinction, au sens bourdieusien du terme,ou disons  au sens Lahirien puisque nous sommes à Lyon.

Il ne faut en effet surtout pas confondre la tomate banale, la lycopersicon esculentum vulgaris comme l'aurait dénommée Gérard Collomb lorsqu'il était professeur de latin, avec le Graal renouvelé chaque été des prétendants au bon goûts dans tous les sens du terme : la tomate ancienne.

La salade de tomates ordinaire, avec sa vinaigrette toute simple, si elle peut être savoureuse, n'emporte en effet aucune sympathie. Avec ses airs de cantine scolaire, elle donne aussi peu envie qu'un pull mouillé qui gratte ou un second mandat de Nicolas Sarkozy. Mangée à la pause déjeuner au restaurant d'entreprise, la tomate ordinaire a au mieux des airs d'équilibre alimentaire, de raison plus que de passion. Il n'y a qu'à voir : elle n'est jamais invitée aux verres entre amis. On lui préfère sa petite sœur la tomate apéritif, qui donne, sans se fouler des airs de nature entre deux lampées de rosé.

La tomate ancienne remplit, elle, différentes fonctions vitales pour les prétendants à la suprême branchitude nommés précédemment dans cette chronique. Tout d'abord elle existe en plusieurs sortes : Noire de Crimée/Coeur de Bœuf/Mont Athos... qui permettent certes une infinie palette de goûts et d'usages. Mais, c'est le plus important, cette diversité et donc cet ersatz de complexité permet aussi de pouvoir briller dans les conversations gastronomiques qui font le sel des soirées de beaux esprits.
Il en est des tomates comme des groupe de rock alternatif : évoquer le peu connu vous fait tout de suite passer pour un connaisseur. Si d'aventure quelqu'un évoquait le goût d'une tomate mûre mangée simplement avec un peu de sel et un filet d'huile d'olive dites « Pour ma part je ne le fait qu'avec  des Roses de Berne. Cela n'a rien à voir ». Vous serez immédiatement classé femme ou homme de goût, loin des simples béotiend du genre à balancer votre sel sur n'importe quel léguminé (oui je sais la tomate est un fruit).


Et puis la tomate ancienne, avec ses formes volontairement  non calibrées, fait si authentique, si naturelle ! Peu importe qu'elle vienne souvent du même élevage intensif et à pesticide que sa cousine ordinaire. Ce rachat d'un peu d'airs de nature et d'authenticité couplé à une recherche d'originalité « je vous ai fait des tomates mais attention pas n'importe quoi, des Brandywine ! » a un prix : le kilo de tomates anciennes tutoie souvent des sommets infinis au grand malheur des gogos qui n'y prennent garde. La tomate ancienne possède donc une dimension lacanienne : il faut payer cher le prix du bonheur.

Retrouvez toutes les chronique de l'ami Romain sur son site Lyonnitude(s).



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