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Romain Meltz - DR

Les élus, la politique et notre école

Romain Meltz - DR

On dit que le ministre de l’instruction publique Jules Ferry,  recevant un visiteur  un matin de novembre 1880, sortit sa montre et dit "Monsieur, à cette minute, tous les petits Français sont en train de faire une dictée".

Adieu, belle unité nationale
Il serait bien chagrin, Jules Ferry, s’il voyait où en est la belle uniformité de l’école française aujourd’hui. Il faut reconnaître que Lyon n’est pas la dernière à participer au capharnaüm national. En 1991, Lyon passe aux 4 jours alors que la France travaille le samedi matin (4,5 jours). On s’installe comme ça pour  17 ans. En 2008 la France rejoint Lyon et passe aux 4 jours. Mais en janvier 2013, décret Peillon : les écoles doivent revenir à 4,5 jours. Toutes ? Oui. Uniformité ? Ben…. Comme remarque Jean-Jack Queyranne à l’époque : "Là, il n’y a pas de cap. On nous dit : ‘‘faites comme vous voulez’’. Alors là, les inégalités sautent aux yeux".
Et encore, il n’avait pas tout vu. Depuis cette remarque, le décret Hamon du 8 mai dernier est venu encore "assouplir" une organisation qui ressemblait déjà pourtant plus aux articulations d’une danseuse classique de 11 ans qu’à celles d’un hussard germanique de 70.
Raccourcir les journées des écoliers ? A Lyon il restera toujours 6 heures de cours le lundi mardi et jeudi. Et 6 heures de présence le vendredi aussi. Les enfants travailleront une demi-journée en plus. Pour la France c’est un retour à avant 2008. Au prix d’un petit détail d’organisation qui change pas mal : comment gérer les horaires des profs qui travaillent dans une école A deux jours et dans une école B deux autres ? Tant que tous les jours faisaient la même longueur c’était simple. Mais maintenant ?
A Lagnieu le mardi la journée de cours ne fait que 4h30 alors qu’à Amberieu elle en fait 5h30 (exemple fictif). L’enseignant d’Amberieu qui remplace le directeur de l’école de Lagnieu le mardi devait faire 5h30 : il lui manque une heure par semaine de cours. Villeurbanne et Lyon qui peuvent très bien se "prêter" des profs remplaçants vont être dans une situation de difficultés de gestion des ressources humaines. Les profs ne sont déjà pas beaucoup soutenus par des administratifs débordés, ça ne risque pas de s’arranger.
Mais soyons juste : c’est bien fait. Voilà ce que c’est que de refuser de discuter d’une réforme.

Malheureux, vous voulez encore faire de la politique ?
Car lorsqu’en juillet 2013, Vincent Peillon lance son projet de refondation de l’école, c’est occasion d’un débat et d’un vote à l’Assemblée Nationale par nos élus. Mais les rythmes ne sont pas dans la loi. Pour eux pas d’accès à la discussion publique : un décret, une circulaire ont suffi au Ministère. Et quand Benoit Hamon le remplace : nouveau décret, nouvelle circulaire. L’ensemble restant toujours bien à l’abri de la discussion nationale. Et pourtant les nouveaux rythmes sont sur la place publique depuis 18 mois et concernent les enfants, leurs parents, leurs grands-parents, leurs nounous, les profs, et tous les animateurs-formateurs (de judo, de poterie, de musique…qui travaillaient le mercredi matin jusque-là). C’est vrai que ça ne fait pas grand monde.
Mais ne croyez pas que l’attitude Malheureux-une-réforme-comme-ça-ça-se-concocte-dans-le-secret-des-cabinets soit restée confinée au sommet de l’Etat. Localement, ça a bien marché aussi. En témoigne Gérard Collomb en marge de la conf de presse du vendredi dernier : "Si vous suivez un peu l’actualité vous savez que j’ai refusé pendant toutes les élections municipales de me prononcer sur la réforme des rythmes qui était pourtant un leitmotiv de tous mes opposants, hier comme aujourd’hui".
C’est bien ça : "il a refusé d’en parler". C’est normal bien sûr : on n’allait quand même pas faire campagne sur un truc qui allait concerner les gens et arriver pour de vrai ? Coco : "pour la campagne, un métro que personne ne prendra jamais dans le Ve arrondissement c’est plus porteur".

Une attitude positive qui n’est pas de gauche. Regardez Philippe Cochet. Le député-maire de Caluire, réélu facilement en mars dernier, a pendant la campagne officiellement (dans le Progrès) déclaré : "vouloir n’annoncer les modalités de la mise en œuvre de la réforme qu’après les élections municipales pour éviter une regrettable politisation". Eviter la politisation ? Mais il fait quoi dans la vie Cochet ? C’est un peu comme si vous vous faisiez opérer des ligaments croisés antérieurs et qu’Elvire Servien refusait de vous parler de l’opération "parce qu’on va quand même pas se mettre à parler de votre santé…"
Mais c’est vrai que ce n’est pas la peine de faire du mauvais esprit. Ce n’est pas comme si il y avait eu de l’abstention en France récemment.

Romain Meltz
@lemediapol



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