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Un pilote américain pour redresser Infogrames

David Gardner, le nouveau Pdg d’Infogrames, compte renouer avec les bénéfices d’ici 18 mois. Alors que l’entreprise perd de l’argent depuis 1999. Un sacré défi pour ce jeune patron américain.

“Je rêve de travailler pour Atari depuis 1979, quand je me suis mis à jouer à Star Raiders...” Près de 30 ans plus tard, le rêve de David Gardner est devenu réalité. Puisque, en janvier dernier, il est devenu le Pdg d’Infogrames, l’éditeur lyonnais de jeux vidéo qui est la maison mère d’Atari.
Taille moyenne et visage rond, ce Californien de 43 ans à l’allure d’éternel adolescent s’habille classe, mais décontracté : pantalon, polo... Et il parle calmement, avec des mots simples... Mais c’est un vrai passionné de jeux vidéo. Une énergie qu’il veut transmettre à ses équipes. D’ailleurs dès sa première visite au siège d’Infogrames, une série de bureaux en forme de bateau situés sur les bords de Saône à Vaise, David Gardner martèle qu’il sent un “fighting spirit” chez ses salariés. Et il annonce qu’il veut relancer Atari, “une des marques les plus connues de l’histoire”.
Bref, rien à voir avec son prédécesseur, le polytechnicien Patrick Leleu, un financier qui a notamment été Pdg de Bouygues Télécom. Et qui ne connaissait rien à l’univers des jeux vidéo. D’ailleurs il ne restera qu’un an à la tête d’Infogrames, où il a succédé au fondateur Bruno Bonnell en 2007.
“David Gardner est également aux antipodes de Bruno Bonnell : il n’a pas son look branché, son sourire charmeur, il est plus réservé... Mais il reste quand même très charismatique” explique Romain Poirot-Lellig, un spécialiste français du secteur. Avant d’ajouter : “Et surtout, il fait l’unanimité dans l’univers des jeux vidéo. Même ses concurrents le respectent.”
“C’est un manager proche de ses salariés, toujours à l’écoute et très accessible, qui attache beaucoup d’importance à l’humain. Mais c’est aussi un visionnaire qui a une analyse très fine de son secteur”, souligne Philippe Sauze, le directeur général d’Electronic Arts France qui a travaillé pendant plus de 20 ans avec David Gardner.
Reste à savoir si ça suffira pour redresser Infogrames, qui accumule les pertes depuis 2000 : plus de 600 millions d’euros, alors que le chiffre d’affaires a été pratiquement divisé par deux pour atteindre 305 millions d’euros en 2007.

Autodidacte
Né le 21 juillet 1965 en Californie, David Gardner est un vrai autodidacte. Passionné d’informatique, il commence par vendre des ordinateurs Apple. Avant de rejoindre l’équipe des fondateurs d’Electronic Arts en 1983. Il alors tout juste 18 ans. Après avoir travaillé aux départements vente et marketing, il débarque trois ans plus tard à Londres pour lancer Electronic Arts en Grande-Bretagne. Puis en 1992, il s’impose comme le patron pour toute l’Europe. Son succès est fracassant, puisque sous sa direction, Electronic Arts Europe va s’implanter dans 14 pays, en embauchant près de 1 000 salariés, tout en dégageant près de 1 milliard de dollars de bénéfice ! Mais ce créatif s’avère également être un excellent négociateur, ce qu’il démontrera en rachetant plusieurs éditeurs de jeux en Europe.
“David Gardner est un Américain qui a compris l’Europe, notamment la France qu’il adore”, affirme Philippe Sauze, qui raconte une anecdote : “Pour bien s’imprégner des mentalités des pays européens, il passait trois mois avec sa famille dans chaque pays. Comme à Lyon, où il a séjourné au milieu des années 1990.”
Un succès européen qui ne passe pas inaperçu au siège d’Electronic Arts en Californie. Voilà pourquoi David Gardner est promu en 2004 vice-président du groupe, chargé de l’édition des jeux au niveau international. Ce qui l’oblige à rentrer avec sa famille aux Etats-Unis. Mais l’Europe manque à ce cadre dynamique et ambitieux, qui a appris à parler français. En août 2007, il décide donc de quitter Electronic Arts pour revenir vivre avec sa femme et ses trois enfants à Londres. Une ville que ce fan d’architecture adore, notamment pour les créations de Norman Foster. La star des jeux vidéo se retrouve alors sur le marché. Cinq mois plus tard, le fonds d’investissement BlueBay, qui est désormais l’actionnaire majoritaire d’Infogrames, saute sur cette occasion en or. Et il recrute cet ancien dirigeant d’Electronic Arts, le champion incontesté du secteur.
“La grande force de David Gardner, c’est qu’il ne s’enferme pas dans une tour d’ivoire. Il a une vision d’ensemble, de la conception à la distribution, en passant par le marketing. Et c’est un vrai amoureux des jeux vidéo, ce qui est important dans ce métier”, souligne Romain Poirot-Lellig.
“C’était le casting parfait pour relancer Infogrames, dont la culture d’entreprise s’est construite autour d’un leader charismatique. Et David Gardner, qui est aussi une sorte de gourou, a la carrure pour succéder à Bruno Bonnell. Ce qui était loin d’être évident”, analyse Karine Dognin-Sauze, directrice marketing de Electronic Arts Europe.

Optimiste
D’ailleurs, après six mois passés à la tête d’Infogrames, David Gardner a déjà imposé sa marque. Chargé de redresser l’entreprise, ce pilote d’avion confirmé a même réussi à présenter des résultats encourageants en juin. La baisse du chiffre d’affaires semble stoppée, avec un recul de 4,5%  seulement sur le dernier exercice, à 290,7 millions d’euros. Et les pertes ont été divisées par deux, à 51,1 millions d’euros.
Ce qui permet à David Gardner de se montrer optimiste. Sur le nouvel exercice, il mise sur “une hausse du chiffre d’affaires comprise entre 12% et 18%”, tout en annonçant un retour à la rentabilité d’ici 18 mois. Ce qui serait une première pour Infogrames depuis 10 ans !
Pour atteindre ses objectifs, ce jeune patron américain parie sur le nouveau jeu que vient de sortir Atari en Europe et aux Etats-Unis : “Alone in the dark 4”, où un héros doit se battre contre des monstres... “Nous espérons vendre 2 à 3 millions d’unités”, assure David Gardner, avant de promettre de nouveaux succès pour 2008 : “les jeux Astérix, Dragon Ball Z, un logiciel de cuisine, un programme de fitness et le jeu de combat Legend Dairy”. Et pour s’assurer de la qualité de ces produits, David Gardner a fait venir un de ses proches à Lyon : Phil Harrison, recruté en mars dernier comme directeur général délégué en charge de l’édition. Un Anglais qui s’était imposé chez Sony, où il manageait les 16 studios ainsi que le développement des jeux Playstation. Bref, une pointure.
Résultat, après des années de régime minceur imposé par la vente de licences, comme Hasbro, pour éponger la dette, le catalogue d’Infogrames devrait enfin recommencer à s’étoffer.

Jeu en ligne
Autre développement : l’élaboration de jeux pour l’iPhone, le téléphone portable d’Apple. D’ailleurs, le directeur général d’Apple Europe, Pascal Cagni a été nommé administrateur d’Infogrames, avec l’accord de Steve Jobs, le patron d’Apple.
Mais David Gardner mise également beaucoup sur internet pour distribuer ses prochains jeux. “Tout ce que nous allons construire doit être pertinent avec une stratégie en ligne”, explique ce manager, en n’hésitant pas à avancer que dans les prochaines années, la moitié de son chiffre d’affaires sera réalisé grâce à internet. Voilà pourquoi Infogrames veut créer de nouveaux studios entièrement consacrés à ces projets de jeux en ligne.
Reste à David Gardner de prouver qu’il est capable de tenir ses promesses. Car les investisseurs se méfient aujourd’hui des grands discours que leur avait tenus pendant des années Bruno Bonnell, qui avait conduit Infogrames droit dans le mur. D’ailleurs, l’action d’Infogrames a baissé de 0,85% à l’annonce du plan de David Gardner. Du coup, ce manager américain va continuer à restructurer pour réduire les charges, en supprimant 80 postes, ce qui ramènera les effectifs à 460 salariés.
Jusque-là, ce meneur d’hommes a réussi à faire passer la pilule en vantant les mérites des équipes en place et en promettant de “recréer un groupe de dimension mondiale”. A suivre.

Thomas Nardone

Ce portrait a été publié dans le magazine Objectif Rhône-Alpes actuellement en kiosque, qui est entièrement consacré aux Etats-Unis.



Tags : infogrames | Gardner |

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