À Lyon, la place des femmes mérite mieux qu’un argument de campagne

À Lyon, la place des femmes mérite mieux qu’un argument de campagne

À l’approche des élections municipales et métropolitaines, la place des femmes va revenir partout dans le débat.
Dans les discours, dans les programmes, dans les photos de campagne soigneusement composées où l’on veillera -pour une fois- à équilibrer les silhouettes autour d’une table.

Il faut s’en réjouir. Mais il faut aussi regarder les choses avec un peu de lucidité.

Car à chaque cycle électoral, la même tentation existe : faire de la place des femmes un marqueur de modernité, un signal politique facile, parfois même un élément de communication. L’intention peut être sincère, mais l’histoire récente nous rappelle qu’entre l’affichage et l’exercice réel du pouvoir, l’écart peut être considérable.

Depuis cinq ans, avec L’Équipe des Lyonnes, j’observe ce phénomène depuis un poste un peu particulier : celui d’une professionnelle des politiques publiques qui a choisi de consacrer une partie de son énergie à encourager les femmes à prendre leur place dans le débat public. Au fil des rencontres, des entretiens et des événements, une évidence s’impose : 𝐥𝐞𝐬 𝐭𝐚𝐥𝐞𝐧𝐭𝐬 𝐟𝐞́𝐦𝐢𝐧𝐢𝐧𝐬 𝐧𝐞 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐬. 𝐈𝐥𝐬 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐥𝐚̀, 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐜𝐡𝐞𝐫𝐜𝐡𝐞, 𝐥’𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞𝐩𝐫𝐢𝐬𝐞, 𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬, 𝐥𝐚 𝐜𝐮𝐥𝐭𝐮𝐫𝐞, 𝐥𝐚 𝐬𝐚𝐧𝐭𝐞́, 𝐥’𝐢𝐧𝐧𝐨𝐯𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧.

Ce qui manque encore trop souvent, 𝐜’𝐞𝐬𝐭 𝐥’𝐞𝐬𝐩𝐚𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐞𝐱𝐞𝐫𝐜𝐞𝐫 𝐩𝐥𝐞𝐢𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭.
Et parfois, disons-le aussi franchement, la considération élémentaire qui devrait accompagner toute personne qui s’engage dans la vie publique.

Car depuis quelques mois, quelque chose me frappe. 𝐔𝐧𝐞 𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞 𝐝𝐞 𝐝𝐮𝐫𝐞𝐭𝐞́, 𝐩𝐚𝐫𝐟𝐨𝐢𝐬 𝐦𝐞̂𝐦𝐞 𝐝𝐞 𝐦𝐞́𝐩𝐫𝐢𝐬, que l’on croyait en recul dans le débat politique, refait surface. Les attaques sur le physique, les petites phrases sur la supposée incapacité des femmes à gouverner, les moqueries à peine voilées qui circulent dans certains cercles. Le tout prononcé avec un aplomb qui prêterait presque à sourire quand on mesure la qualité de l’émetteur, si le sujet n’était pas aussi sérieux.

On pourrait s’en offusquer. On peut aussi y voir le signe que la présence des femmes dans l’espace politique dérange encore certains réflexes bien installés.
Mais ce serait trop simple de s’arrêter là.

Car la question de la place des femmes ne concerne pas seulement ceux qui s’y opposent ouvertement. 𝐄𝐥𝐥𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐜𝐞𝐫𝐧𝐞 𝐚𝐮𝐬𝐬𝐢 𝐥𝐞𝐬 𝐟𝐞𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐞𝐥𝐥𝐞𝐬-𝐦𝐞̂𝐦𝐞𝐬. 

À l’approche de ces élections, nombreuses seront celles qui s’engageront sur des listes, qu’elles soient issues des partis politiques ou de la société civile.

𝐀̀ 𝐜𝐞𝐥𝐥𝐞𝐬-𝐥𝐚̀, 𝐣’𝐚𝐢 𝐞𝐧𝐯𝐢𝐞 𝐝𝐞 𝐝𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞𝐮𝐱 𝐜𝐡𝐨𝐬𝐞𝐬.

D’abord, 𝐧𝐞 𝐬𝐨𝐲𝐞𝐳 𝐩𝐚𝐬 𝐧𝐚𝐢̈𝐯𝐞𝐬. La politique est un univers exigeant, parfois brutal, qui obéit à des règles particulières, qui demande des connaissances spécifiques. Les critiques existent, les rivalités aussi, et il faut apprendre à s’y préparer sans perdre ni son cap, ni son âme.

Ensuite, 𝐧𝐞 𝐬𝐨𝐮𝐬-𝐞𝐬𝐭𝐢𝐦𝐞𝐳 𝐣𝐚𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐬𝐩𝐨𝐧𝐬𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐪𝐮𝐢 𝐚𝐜𝐜𝐨𝐦𝐩𝐚𝐠𝐧𝐞 𝐥’𝐚𝐜𝐜𝐞̀𝐬 𝐚𝐮 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐨𝐢𝐫. Car le pouvoir, qu’on se le dise franchement, grise parfois ceux qui n’y étaient pas préparés. Et cela n’est pas une faiblesse masculine ou féminine : c’est une faiblesse humaine.

C’est peut-être la raison pour laquelle la place des femmes ne progressera vraiment que lorsque deux conditions seront réunies.

La première tient aux responsables politiques eux-mêmes, femmes et hommes confondus. S’ils veulent sincèrement faire avancer l’égalité, ils devront cesser de considérer la présence féminine comme un simple indicateur de modernité. Gouverner une ville ou une métropole suppose de s’entourer de compétences, d’expériences, de personnalités capables de décider et d’assumer leurs choix, pas d’affichages.
La seconde tient aux femmes elles-mêmes. Non pas pour “représenter les femmes”, ce qui n’a pas grand sens, mais pour contribuer à faire évoluer les pratiques, les réflexes, les manières d’exercer les responsabilités.

Cela commence souvent par des choses très simples : reconnaître les talents autour de soi, donner leur chance à celles qui arrivent, créer des dynamiques collectives plutôt que des compétitions stériles, faire preuve enfin de "sororité".

Depuis cinq ans, c’est exactement l’esprit qui anime L’Équipe des Lyonnes : encourager les femmes à prendre leur place dans le débat public sans les enfermer dans une posture victimaire et sans les opposer aux hommes. Le sujet n’est pas de remplacer une domination par une autre. Le sujet est de construire des espaces où les compétences peuvent s’exprimer pleinement.

𝐋𝐲𝐨𝐧 𝐩𝐨𝐮𝐫𝐫𝐚𝐢𝐭 𝐞̂𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧 𝐟𝐨𝐫𝐦𝐢𝐝𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐚𝐢𝐧 𝐝’𝐞𝐱𝐩𝐞́𝐫𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐜𝐞𝐥𝐚. Une ville capable de montrer que l’égalité n’est ni une injonction morale ni un slogan militant, mais une manière intelligente de gouverner et d’organiser la vie collective.
À condition que chacun accepte d’en assumer la responsabilité.

Et que nous nous rappelions une chose très simple : 𝐟𝐚𝐜𝐞 𝐚𝐮 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐨𝐢𝐫, 𝐥𝐞𝐬 𝐟𝐞𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐡𝐨𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐧𝐞 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐬𝐢 𝐝𝐢𝐟𝐟𝐞́𝐫𝐞𝐧𝐭𝐬. Ils peuvent s’y perdre ou s’y révéler. Dans les deux cas, ils y sont finalement à pied d’égalité.

Alexandra Carraz-Ceselli

Spécialiste des médias et des politiques publiques,
 fondatrice de L’Équipe des Lyonnes et du Lab’ des idées publiques

3 commentaires
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En forme... le 09/03/2026 à 17:05

"𝐔𝐧𝐞 𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞 𝐝𝐞 𝐝𝐮𝐫𝐞𝐭𝐞́, 𝐩𝐚𝐫𝐟𝐨𝐢𝐬 𝐦𝐞̂𝐦𝐞 𝐝𝐞 𝐦𝐞́𝐩𝐫𝐢𝐬, " qui n'a pas frappé que les femmes, mais aussi tous les écologistes....

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un tunnel de plus reste un mauvais projet le 08/03/2026 à 18:33

l engagement des femmes est remarquable et il doit être mis en avant.
Pour autant un mauvais projet relayé et amplifié par des professionnelles des politiques publiques , le fameux tunnel proposé par un candidat et sa jumelle candidate, reste un mauvais projet.
Et pas d opprobe sur sa conceptrice , mais elle aurait pu compléter l analyse par un peu d'économie des transports et voir que c est pure folie

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Franchement le 08/03/2026 à 16:10

Cette participation aurait meritee autre chose qu une publication un dimanche après midi ensoleillé....
Vous avez dit inégalitaire ?
Après elle a rout bêtement peut être ete écrite ce matin et dans ce cas...

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