JO d’hiver 2030 : le monde va tomber amoureux de Lyon

JO d’hiver 2030 : le monde va tomber amoureux de Lyon

Lyon a un problème. Elle est trop belle pour rester modeste, trop puissante pour continuer à se cacher derrière cette fausse pudeur de ville bien élevée qui laisse Paris faire son numéro de diva, Marseille parler plus fort que tout le monde, Bordeaux se contempler dans son verre de Pétrus.

Pendant ce temps-là, Lyon avance, elle, avec ses deux fleuves, ses collines, ses secrets, ses bouchons, ses soieries et cette élégance presque irritante des villes qui savent très bien ce qu’elles valent, mais trouvent vulgaire de le rappeler.

Or, il y a des moments où la discrétion cesse d’être une vertu pour devenir une faute de goût.

L’accueil d’une partie des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030 appartient précisément à cette catégorie de rendez-vous qu’une grande ville ne peut pas laisser filer.

Ce ne serait pas seulement du sport, quelques crosses de hockey, une glace parfaitement lissée, des caméras en mondovision et des hymnes qui donnent la chair de poule même aux cyniques les mieux entraînés.

Ce serait une invitation faite à Lyon d’entrer, enfin, dans l’imaginaire mondial, non comme une ville de passage entre Paris et les Alpes, mais comme une destination, une signature, une émotion française.

Il suffit pourtant de marcher un soir sur les quais de Saône pour comprendre que Lyon possède ce que tant de métropoles tentent d’acheter à coups de slogans : une âme. Une vraie.

Ancienne, charnelle, rusée, qui sent la pierre chaude, le vin rouge en pot, la soie, le café pris trop tard dans l’après-midi qui empêche de trouver le sommeil, le tablier de sapeur, les archives, les dimanches de pluie, les étudiants qui refont le monde et les commerçants qui savent encore vous regarder dans les yeux.

Fourvière veille sur la ville comme une vieille actrice qui aurait gardé ses bijoux. La Croix-Rousse garde dans ses pentes la mémoire des canuts, des révoltes et des ateliers. Le Vieux-Lyon aligne ses façades Renaissance comme des secrets bien repassés. La Presqu’île joue les bourgeoises pressées entre Bellecour et les Terreaux. Confluence, elle, tente de séduire le futur avec ses architectures de verre et ses airs de jeune cadre supérieur qui aurait lu trop de magazines de design.

Tout cela, les Jeux pourraient le montrer au monde.

Non pas l’exhiber comme une marchandise, mais le révéler, simplement, puissamment, presque naturellement, comme on ouvre enfin les volets d’un appartement magnifique dans lequel on vivait depuis trop longtemps dans une demi-lumière.

Car Lyon n’est pas Las Vegas.

Lyon n’a pas besoin de paillettes criardes, de mascottes hystériques ni de happenings sponsorisés par des boissons énergisantes. Lyon peut accueillir le monde avec ce qu’elle a de plus rare : son mélange de retenue et d’appétit, sa pudeur et son orgueil, son intelligence et sa gourmandise, sa capacité presque unique à être sérieuse sans être triste, élégante sans être froide, populaire sans être vulgaire.

Il est temps que Lyon passe à table. Et à Lyon, on ne mange pas seulement pour se nourrir. On mange pour se souvenir qu’on est vivant, pour prolonger une conversation de deux heures autour d’une nappe à carreaux rouges, d’un pot lyonnais rempli de gamay, d’une quenelle sauce Nantua, d’un saucisson brioché de chez Bobosse, d’une cervelle de canut ou d’un tablier de sapeur chez la Mère Hugon, d’une gaufre inoubliable dans une brasserie Bocuse qui console parfois mieux qu’une coupe de champagne millésimé.

Pendant plusieurs mois, nos restaurateurs, nos hôteliers, nos commerçants, nos artisans, nos guides, nos musées, nos théâtres, nos marchés et nos maisons historiques vivraient une période exceptionnelle.

Une période faite d’un carnet de réservations plein, de rencontres, de journalistes découvrant avec stupeur que la France ne s’arrête pas au périphérique parisien, de visiteurs venus pour les Jeux et repartant avec Lyon dans la mémoire comme on garde une adresse qu’on ne veut pas partager.

La visibilité serait mondiale. Et le mot lui-même paraît presque trop sage : des images, des directs, des reportages, des récits, des conversations, des téléphones braqués vers nos façades, des regards posés sur nos quais, une ville soudain présente dans les dîners, les journaux, les écrans, les rêves de voyage.

Cette économie invisible du désir précède toujours les billets de train, les nuitées d’hôtel, les investissements et les retours amoureux.

Lyon a, en plus, cette situation géographique qui ressemble à une évidence.

À la porte des Alpes, reliée à Paris, Genève, Turin, Marseille, ouverte sur l’Europe, elle est cette ville-carrefour qui n’a jamais été seulement un lieu de passage, mais une manière d’organiser les circulations, les échanges et les ambitions.

Pour des Jeux d’hiver, cette proximité naturelle avec la montagne n’est pas un détail logistique. C’est un argument presque romanesque.

Lyon est aussi un territoire de sport de haut niveau.

Une ville qui connaît les soirs de match, les tribunes pleines, les joies collectives, le football et l’Olympique lyonnais propulsé sur la scène européenne par Jean-Michel Aulas, le rugby et le LOU qui brille de plus en plus depuis la reprise du club par l’emblématique famille Ginon, le basket avec l’ASVEL de Tony Parker, le hockey, les grandes affiches internationales, les publics qui vibrent.

Bref, une ville où le sport n’est pas un décor, mais une culture.

Elle dispose déjà d’équipements concrets, et cela compte à une époque où l’on ne peut plus célébrer les grands événements comme si la planète était une annexe du service communication : la patinoire Charlemagne, la patinoire Baraban et la LDLC Arena. 

Et demain, pourquoi pas, pour une image forte, une finale de hockey sur glace de type « États-Unis – Canada » dans un Groupama Stadium incandescent, devant 60 000 spectateurs, avec cette folie maîtrisée qui distingue l’ambition de la mégalomanie.

À cela s’ajoute le réseau SYTRAL, avec ses métros, ses tramways, ses bus, ses Vélo’v, cette manière relativement fluide, lisible et agréable de traverser la ville.

Car accueillir le monde ne consiste pas seulement à lui offrir de belles façades et de bons dîners. Il faut aussi lui permettre de circuler, de rejoindre les sites, de rentrer à l’hôtel, de revenir au restaurant, de passer d’une épreuve à un musée, sans transformer chaque déplacement en épreuve olympique non officielle.

Dans cette affaire, Grégory Doucet semble avoir compris quelque chose d’essentiel : lui qui, au début de son mandat, avait braqué une partie de l’opinion en qualifiant le Tour de France de manifestation "machiste et polluante", lui que certains imaginaient prêt à blacklister Lyon de toutes les grandes fêtes populaires, semble parfaitement mesurer qu’une grande ville ne se gouverne pas seulement avec des interdictions et des prudences. Elle se gouverne aussi avec des élans, du pragmatisme, des symboles et des rendez-vous où l’on accepte d’accueillir le monde sans renoncer à ses convictions.

Lyon peut le faire avec ses acteurs économiques.

Avec GL events et Olivier Ginon, dont l’expérience internationale peut devenir un atout précieux.

Avec Alexandre Aulas, dont la LDLC Arena offre une solution crédible pour accueillir des épreuves de glace.

Paris a déjà tout eu : les chansons, les cartes postales, les amants sur les ponts, les Américains en extase, les séries Netflix, les clichés parfois mérités et les macarons hors de prix, des Jeux Olympiques flamboyants en 2024. Tant mieux pour Paris. Mais la France ne peut pas rester éternellement coincée entre la tour Eiffel et une terrasse de Saint-Germain-des-Prés, car il existe une autre France, plus gourmande, plus secrète, plus travailleuse.

Celle des fleuves qui se rejoignent, des collines qui veillent, des grands chefs comme Paul Bocuse et Tabata Mey, des artisans qui fabriquent, des entrepreneurs qui construisent et des habitants qui râlent avec talent parce qu’ils aiment profondément leur ville.

Il est temps que le monde regarde Lyon.

Qu’il la traverse, qu’il la goûte, qu’il s’y perde un peu, qu’il comprenne qu’ici les pierres parlent bas mais longtemps, que les tables consolent mieux que les discours, que les fleuves enseignent la patience, que les collines donnent de la hauteur, que le patrimoine n’est pas un musée immobile mais une manière de tenir debout dans le présent.

Et peut-être qu’après avoir vu les Jeux, après avoir dîné dans un bouchon, marché sous Fourvière, traversé la Saône, pris le métro, applaudi une épreuve, dormi dans un hôtel de la Presqu’île, découvert nos musées, nos marchés, nos lumières, nos excès raisonnables et notre beauté têtue, le monde comprendra enfin ce que nous savons déjà depuis longtemps, sans toujours oser le dire.

Lyon n’est pas une alternative. Lyon est une évidence.

Joris Hadj

Enseignant en université

2 commentaires
Laisser un commentaire
avatar
CQQFD69! le 06/05/2026 à 16:30

Très optimiste : Le Monde va tomber amoureux de Lyon...
Les témoignages que je lis sur la France et le bon accueil concerne en général la cote Ouest là ou les Américains ont débarqués pour nous libérer. En revanche, meme concernant Paris, mis à part dans les séries à l'eau de rose "Emily in Paris", les étrangers sont très alertés sur le fait que notre pays à changé à cause de l'immigration (dixit les commentaires de témoignages) et qu'il y a certains quartiers à éviter. Le monde aura de la sympathie seulement en fonction de l'accueil amicale et bienveillant qu'il aura.

Signaler Répondre

avatar
Ex Précisions le 06/05/2026 à 16:28

Avant d'écrire un bouquin il faut que ça se fasse, si macron décide que ça se fera à Paris...

Signaler Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.
Les champs requis sont identifiés par une étoile *
Si vous avez un compte Lyon Mag, connectez-vous.
Nous ne vous enverrons pas d'email sans votre autorisation.

Le compte Lyon Mag est gratuit et facultatif. Il vous permet notamment de réserver votre pseudonyme pour les commentaires, afin que personne ne puisse utiliser le pseudo que vous avez enregistré.
Vous pouvez créer un compte gratuitement en cliquant ici.