Narcotrafic : la République ne doit rien céder

Narcotrafic : la République ne doit rien céder

À Vénissieux, depuis plusieurs semaines, les tirs se succèdent.

Un homme a été pris pour cible en pleine journée au pied d’un immeuble ; filmée, la scène a fait le tour des réseaux sociaux. Un buzz dont la ville se serait bien passée. Un autre a été grièvement blessé dans la nuit du 12 au 13 avril, puis un homme d’une trentaine d’années a encore été touché à la jambe et à la main le 17 avril au soir, rue Joannès-Vallet, dans ce qui pourrait correspondre à une jambisation. Malgré les renforts déployés, les violences continuent.

Dans le même temps, un syndicat de police réclame l’envoi d’au moins 300 fonctionnaires supplémentaires, dont une centaine d’officiers de police judiciaire, pour "reprendre le contrôle des territoires". Et comme si cela ne suffisait pas à mesurer la gravité du moment, la distribution du courrier par La Poste a été suspendue dans une partie du quartier, tant les conditions de sécurité se sont dégradées.

Quand même les services publics ne peuvent plus intervenir normalement, chacun comprend que la "GTAisation" de la société est en marche et qu’il faut l’arrêter d’urgence.

Nommons donc les choses clairement. Ce que nous voyons à Vénissieux, ce n’est pas seulement une montée de l’insécurité. C’est l’installation d’une logique de narcotrafic qui cherche à imposer sa loi, ses représailles, sa terreur et son territoire.

Le narcotrafic n’est pas un désordre parmi d’autres. Il ne vend pas seulement de la drogue. Il organise une emprise. Il recrute et détruit des destins. Le narcotrafic prospère en enrôlant des adolescents, parfois presque des enfants, transformés très tôt en guetteurs, en petites mains d’une économie criminelle qui les dépasse entièrement. Il capte leur vulnérabilité, exploite la fragilité sociale, flatte le désir d’argent rapide, de reconnaissance immédiate, de signes extérieurs de réussite. Il vend une illusion de puissance à ceux à qui l’on a trop souvent laissé croire qu’ils n’avaient pas de place.

Mais derrière cette promesse mensongère, il n’y a que l’enfermement, la peur, la violence, les poursuites judiciaires, la prison et parfois la mort. Il cherche à substituer à la loi de la République un ordre parallèle, fondé sur l’argent, inspiré des sociétés les plus capitalistes, consuméristes et libérales. Il consolide l’idée selon laquelle, si tu ne possèdes, tu n’es rien.

À partir du moment où l’on en vient à tirer dans les jambes pour sanctionner une dette ou adresser un message, chacun voit bien qu’il ne s’agit plus d’un trafic au sens banal du terme, mais d’une mécanique mafieuse. Et c’est bien cela qu’il faut refuser urgemment : qu’un ordre criminel vienne contester l’ordre républicain. L’hypothèse d’une jambisation liée à une dette d’argent est d’ailleurs explicitement évoquée dans les premiers éléments connus sur la fusillade du 17 avril.

À Vénissieux, les habitants n’ont pas besoin qu’on leur explique ce qu’ils vivent. Ils savent ce que signifie entendre des tirs près de chez eux. Ils savent ce que veut dire voir un quartier sombrer dans le grand banditisme, voir des familles s’inquiéter, des enfants grandir dans la banalisation des guetteurs, des armes et de l’argent facile.

Dans ce moment, nous devons aussi saluer ce qui doit l’être. Le 13 avril, le préfet délégué à la sécurité et Idir Boumertit, maire de Vénissieux, se sont rendus ensemble sur le boulevard Joliot-Curie après deux fusillades survenues durant le week-end. Cette présence sur le terrain mérite d’être saluée. Dans de tels moments, un maire doit être là, au contact des habitants, lucide sur la gravité des faits et pleinement mobilisé pour que la République ne recule pas. Quelques jours plus tard, Idir Boumertit s’est également rendu au bureau de poste pour soutenir les agents après la suspension de la distribution du courrier.

Mais il faut être lucide. La présence, si importante soit-elle, ne suffira pas. Les renforts, si nécessaires soient-ils, ne suffiront pas davantage s’ils ne s’inscrivent pas dans une stratégie durable. L’un des enseignements les plus brutaux de ces derniers jours est précisément qu’on ne parvient pas à quadriller en permanence une ville victime du trafic de stupéfiants. Nous ne pourrons pas reprendre durablement un territoire avec des réponses ponctuelles face à la violence. On le reprend en désorganisant les réseaux, en saisissant l’argent généré et blanchi, en remontant les filières, en étouffant l’économie souterraine qui nourrit cette emprise et en restaurant partout la continuité de la puissance publique.

Il faut donc une ligne claire.

D’abord, la fermeté. Aucune complaisance pour les trafiquants. Aucune banalisation de leurs méthodes. Aucune hésitation lorsqu’il s’agit de démanteler les points de deal, de retirer les armes, de protéger les témoins, de soutenir sans ambiguïté le travail des enquêteurs et celui de la justice.

Ensuite, la durée. Car ce que le narcotrafic cherche à installer, ce n’est pas seulement un commerce de proximité ultra-rentable ; c’est une habitude. L’habitude de la peur. L’habitude de la résignation. L’habitude de vivre avec. C’est cela qu’il faut briser.

Enfin, la protection des habitants. Ce sont eux qui comptent d’abord. Ceux qui ne peuvent pas partir. Ceux qui travaillent tôt, rentrent tard, élèvent leurs enfants et demandent seulement à vivre en paix. Ceux pour qui la République ne peut pas être une abstraction lointaine, mais une réalité concrète, visible, quotidienne.

Je crois profondément qu’il faut cesser d’euphémiser ce qui se passe. Lorsqu’un quartier est gangrené par le narcotrafic, ce n’est pas seulement la sécurité qui est atteinte. C’est la souveraineté républicaine elle-même qui est mise à l’épreuve. La question devient alors très simple : qui tient le territoire ? Le code pénal ou le code des narcotrafiquants ?

À cette question, il ne peut y avoir qu’une réponse.

Il faut reprendre le contrôle pour rendre pleinement ces quartiers à leurs habitants. Pour que les services publics y circulent librement. Pour que les familles y respirent. Pour que la peur n’y fasse plus la loi. Pour que la République, tout simplement, y soit chez elle.

Car un territoire de la République ne se partage pas.

Et les habitants de Vénissieux demandent seulement que la loi de la République soit plus forte que la loi du narcotrafic.

Joris Hadj

Enseignant en université

5 commentaires
Laisser un commentaire
avatar
Autocat le 20/04/2026 à 10:22

Jean Marie Le Pen doit bien rigoler dans sa tombe...

Signaler Répondre

avatar
Chris6969699 le 20/04/2026 à 10:21
Solidarité 69 a écrit le 20/04/2026 à 10h08

Le narcotrafic prospère car une partie des élus et des magistrats sont corrompus.
Comment voulez vous stopper le narcotrafic sans commencer par combattre la corruption ?

Vous avez raison, c'est de la corruption idéologique...

Signaler Répondre

avatar
Solidarité 69 le 20/04/2026 à 10:08

Le narcotrafic prospère car une partie des élus et des magistrats sont corrompus.
Comment voulez vous stopper le narcotrafic sans commencer par combattre la corruption ?

Signaler Répondre

avatar
blablabla le 20/04/2026 à 09:44

ça me rappelle la déclaration du maire de Saint Ouen! Et une semaine après il déménage l'école 🤣🤣

Signaler Répondre

avatar
Chris6969699 le 20/04/2026 à 09:28

"À cette question, il ne peut y avoir qu’une réponse."

Le désarmement de la police municipale ?

Signaler Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.
Les champs requis sont identifiés par une étoile *
Si vous avez un compte Lyon Mag, connectez-vous.
Nous ne vous enverrons pas d'email sans votre autorisation.

Le compte Lyon Mag est gratuit et facultatif. Il vous permet notamment de réserver votre pseudonyme pour les commentaires, afin que personne ne puisse utiliser le pseudo que vous avez enregistré.
Vous pouvez créer un compte gratuitement en cliquant ici.