Sénatoriales dans le Rhône : l’un continue, l’autre… aussi

Sénatoriales dans le Rhône : l’un continue, l’autre… aussi

Bilan de fin de mandat, par temps orageux, pour les écologistes Raymonde Poncet et Thomas Dossus, élus rhodaniens au Sénat.

Sur l’enregistrement vidéo officiel du Sénat, on sent cette atmosphère feutrée qui contraste avec celle si houleuse et plus familière de l’Assemblée Nationale.

Sans une once d’agressivité Raymonde Poncet n’hésite pas à prononcer des mots vifs à l’encontre du ministre des comptes publics. On la voit rappeler avec dureté que : "ça vous permettrait monsieur le ministre de ne pas dire de façon impunie, que la sécurité sociale doit être équilibrée alors que de 2019 à 2024 vous avez augmenté pour 8 milliards les niches et exonérations".

Il flotte pourtant comme un air d’inachevé dans cette tirade. La conclusion suit de près : "C’est à partir de 2015 que seul le levier des dépenses (i.e : diminuer les versements effectués par la sécurité sociale) a été actionné. Oublié celui de l’augmentation des recettes (i.e, augmentation des cotisations). Et en 2015 le ministre de l’économie c’est Monsieur Macron".

Personne ne bouge et personne dans l’assemblée n’a réagi à ce mot "d’impuni". Peut-être qu’en six ans, le Sénat s’est habitué à Raymonde Poncet. Thomas Dossus, l’autre sénateur écologiste du Rhône, élu en 2020 comme elle, sourit légèrement en rappelant qu’au moment de dire adieux aux sénateurs qui ne se représentaient pas, le président Gérard Larcher avait salué la ténacité de Raymonde Poncet-Monge.

Que de chemin parcouru depuis cette séance du début du mandat quand la nouvelle élue avait provoqué une vague d’émoi en accusant de "mépris de classe" ses collègues de droite. C’est désormais de l’histoire ancienne. Thomas Dossus a une philosophie : "le Sénat c’est avant tout un ensemble d’anciens élus locaux qui ont pris l’habitude de travailler ensemble".

Peu de victoires au Sénat

Est-ce que, pour autant, le travail des sénateurs écologistes paie en termes législatifs face à la droite ? Au bout de six ans, le constat est assez mitigé : "Des victoires sur le social je n’en ai pas eu beaucoup", soupire, malgré tout sans amertume, la sénatrice verte. Elle développe : "Tu peux travailler des jours, des mois, tout le week end, pour essayer d’obtenir un vote positif sur un amendement, sur tel ou tel aspect de la prise en charge des Affections Longue Durée, et au final tu ne parviens pas à obtenir un seul vote favorable de tous les sénateurs centristes avec qui tu discutes…".

Thomas Dossus a le même air dubitatif quand il pense à la liste des avancées obtenu par les sénateurs verts en 6 ans.

La loi de février 2025 restreignant l’utilisation des PFAS, ces polluants éternels dont on se méfie de plus en plus, doit beaucoup aux écologistes. A l’actif des Raymonde Poncet on devrait aussi compter la fameuse boite à outil votée par le Sénat pour assurer l’équilibre des comptes de la sécurité sociale. Un rapport qu’elle a co-dirigé avec la sénatrice centriste (ancienne UDF) Elisabeth Doineau et qu’elle a publié en septembre 2025 : "J’ai passé l’été à le rédiger", souffle-t-elle.

Ce n’est pas un rapport juste de gauche, même si elle a travaillé avec des économistes de gauche, c’est une boite à outils. Pour l’écrire elle a auditionné le parisien Gilbert Cette ou le lyonnais Michaël Zemmour, entendu les directeurs de la sécurité sociale, et proposé des pistes de rééquilibre des comptes sociaux.

"Mais où va aller tout ce travail ?", se demande-t-elle. Elle aurait pu continuer au Sénat : "Tout va bien physiquement et mentalement, mais je suis quand même moins rapide". Même si elle arrête, cet été n’était pas n’était pas celui d’une retraitée. Elle a déposé des textes, notamment celui sur les 32h de travail sur 4 jours. Thomas Dossus est 2ème signataire de la proposition de loi, c’est à lui que reviendra le travail de recueillir les signatures de ses collègues pour essayer d’inscrire le texte dans la niche parlementaire des Verts.

Et après ? Il y a tant de combat dans le programme de Raymonde Poncet. "Le combat pour la Palestine est bien antérieur à mon statut de sénatrice", rappelle-t-elle pour prévenir qu’il sera tout aussi postérieur. Debout en attendant le taxi qui l’emmène à une réunion dans le 8ème, elle se précipite pour raconter une dernière histoire, comme si c’était la première : "Duralex, s’ils sont sauvés ça sera grâce à moi. J’ai trouvé un revendeur Duralex à Lyon, j’y ai mis une bonne partie de ma paie. J’ai offert des produits Duralex à tous les gens que je connais", éclate-t-elle de rire en s’engouffrant dans la voiture qui attend sagement.

Un retournement inattendu

Thomas Dossus a d’autres préoccupations. Il a été chargé des négociations pour établir les listes des sénatoriales au niveau national pour ce dimanche. Sa liste de gauche unie – rhodanienne comme nationale – est donc : verte, communiste, PS, PP. Cela veut dire des jours de négociations difficiles en interne pour savoir quelle place laisser aux autres composantes de la gauche. Sans LFI : "Nous ne sommes pas dans un moment où la gauche se retrouve", commente-il pudiquement.

Puis : coup de tonnerre. Bruno Bernard, grand manitou des négociations des Verts et ex président de la Métropole, dépose, lui aussi, in extremis une liste pour le Sénat. Il en prend la tête et la foudre : il est suspendu de son parti. "Moi aussi j’ai été suspendue des Verts, serre les dents Raymonde Poncet, on n’en meurt pas".

Sans surprise Thomas Dossus ne voit pas les choses comme ça : "déraisonnable", "1 ou 2 sénateurs de droite en plus", "complexification totalement inutile", siffle-t-il exaspéré en réaction à la liste dissidente de Bruno Bernard. Avec la numéro 2 de Thomas Dossus, la PS Hélène Geoffroy, "nous faisons une vraie campagne sur les routes du Rhône. Bruno Bernard, lui, est au téléphone avec les Verts".

C’est justement la présence d’Hélène Geoffroy sur cette liste d’union qui concentre les critiques que Raymonde Poncet relaie ici en défense d’une action un brin revancharde de Bruno Bernard. La perte de la Métropole est une plaie encore trop vive, la responsabilité d’Hélène Geoffroy dans cette défaite trop forte, pour que les Verts acceptent cette dernière en numéro 2 de la liste.

Selon Raymonde Poncet, en se présentant, l’ancien président de la Métropole "a donné un débouché au vote blanc" qui n’aurait pas manqué de se manifester sinon. Thomas Dossus écarte l’argument d’un revers de main et raille la présence d’un homme de plus en tête de liste. "Une belle façon de contourner la parité", déplore en écho une cadre parisienne du parti.

Bref, en politique 6 ans de lutte commune pour exister face à la droite peuvent se conclure par 6 jours d’une rivalité fratricide.

1 commentaire
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Arrêtez avec la défaite de BB le 25/09/2026 à 08:08

Que BB fasse son droit d inventaire avec F B et Jc K , Mais Mme Geoffroy n y est pour rien.
Une femme, c est si pratique
Personne n en parle de ce sujet

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