Dans le Rhône, sept sièges de sénateurs sont à pourvoir. Dix listes sont candidates et 3 817 grands électeurs sont appelés à participer au scrutin. À gauche, trois listes sont en présence : celle de Thomas Dossus, celle de Gabriel Amard et celle de Bruno Bernard. La liste "Agir pour le Rhône", conduite par Thomas Dossus, est officiellement enregistrée sous la nuance "liste d’union à gauche" ; celle de Gabriel Amard sous la nuance LFI et celle de Bruno Bernard sous la nuance divers gauche.
Et cette division n’est pas seulement politique. Elle peut avoir des conséquences arithmétiques considérables.
1 100 voix à gauche… et zéro sénateur ?
Pour comprendre, nul besoin d’être Cédric Villani.
Dans le Rhône, les sénateurs sont élus à la représentation proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne. Concrètement, les sièges sont attribués en comparant les différentes moyennes obtenues par chaque liste. Autrement dit, le nombre de sièges décroché dépend non seulement du nombre de voix recueillies par une liste, mais aussi des scores réalisés par toutes les autres.
Prenons une hypothèse volontairement simple : imaginons que les trois listes de gauche réunissent, à elles trois, environ 1 100 voix.
Premier scénario : ces suffrages sont presque parfaitement répartis.
367 voix pour Thomas Dossus.
367 voix pour Gabriel Amard.
366 voix pour Bruno Bernard.
Si, dans le même temps, les sept meilleures moyennes produites par les autres listes sont supérieures à 367 — avec, par exemple, une dernière moyenne permettant d’obtenir le septième siège à 375 — le résultat est mathématiquement possible :
1 100 voix de gauche cumulées, mais aucun sénateur de gauche.
Ce scénario n’est évidemment pas une prévision du résultat du dimanche 27 septembre. Il permet simplement de comprendre une particularité essentielle de ce mode de scrutin : les voix obtenues par trois listes différentes ne s’additionnent jamais au moment d’attribuer les sièges.
367 + 367 + 366 font bien 1 100 voix.
Mais électoralement, ces suffrages restent répartis entre trois listes distinctes.
Exactement les mêmes 1 100 voix peuvent ne donner qu’un siège
Prenons maintenant exactement les mêmes 1 100 suffrages et répartissons-les autrement :
500 voix pour une première liste,
300 pour une deuxième,
300 pour une troisième.
Si, dans cette configuration, la dernière moyenne nécessaire pour décrocher un siège se situe entre 300 et 500 voix, une seule des trois listes obtient un élu.
Résultat :
toujours 1 100 voix à gauche, mais cette fois un seul sénateur.
Aucune voix supplémentaire n’a été gagnée. Aucune n’a été perdue.
Seule leur répartition a changé.
C’est toute la particularité de ce scrutin : à volume de voix identique, la dispersion peut modifier radicalement la représentation obtenue.
Mais ces mêmes voix peuvent aussi produire plusieurs sièges
La démonstration fonctionne évidemment dans l’autre sens.
Lorsqu’un nombre important de suffrages est concentré sur une même liste, celle-ci peut concourir successivement pour plusieurs sièges.
Prenons, toujours à titre d’exemple, une liste obtenant 1 100 voix. Pour illustrer simplement la mécanique de la plus forte moyenne, ses quotients successifs seraient :
1 100 pour le premier,
550 pour le deuxième,
environ 367 pour le troisième.
Si ces trois valeurs figurent parmi les sept meilleures moyennes de l’ensemble du scrutin, cette liste peut alors obtenir trois élus.
Tout dépend, là encore, des scores réalisés par les autres listes. Une moyenne de 367 peut être insuffisante dans une configuration et permettre l’obtention d’un siège dans une autre. C’est précisément le principe de la représentation proportionnelle à la plus forte moyenne.
Et nous disposons, dans le Rhône, d’un précédent particulièrement parlant.
En 2020, la liste « Unis pour le Rhône, rassemblement de la gauche et des écologistes », déjà conduite par Thomas Dossus, avait recueilli 1 156 voix, soit 32,49 % des suffrages exprimés. Elle avait obtenu trois sièges de sénateurs, permettant l’élection de Thomas Dossus, Raymonde Poncet et Gilbert-Luc Devinaz.
Attention toutefois : 2020 n’est pas 2026. Le collège électoral n’est plus exactement le même, les listes sont différentes et les rapports de force ont évolué. Il serait donc abusif de transposer mécaniquement les résultats d’il y a six ans pour annoncer ceux de dimanche.
Mais cet exemple réel permet d’illustrer concrètement la mécanique : un peu plus de 1 100 suffrages concentrés sur une même liste ont effectivement permis à la gauche d’obtenir trois sièges dans le Rhône en 2020.
Thomas Dossus conduit cette fois encore la liste officiellement classée "union à gauche"
Il existe enfin un élément politique qu’il faut rappeler.
Parmi les trois listes de gauche en compétition, celle conduite par Thomas Dossus est officiellement enregistrée sous la nuance « liste d’union à gauche ». Thomas Dossus en occupe la première place, devant Hélène Geoffroy, Jules Joassard et Zemorda Khelifi.
Les Écologistes ont réaffirmé, le 11 septembre, leur soutien à la liste « Agir pour le Rhône », en précisant qu’elle résultait d’un accord avec le Parti socialiste, le Parti communiste et Place publique. Dans ce même communiqué, le mouvement indique que la liste conduite par Bruno Bernard n’est pas soutenue par Les Écologistes.
La liste conduite par Gabriel Amard est, quant à elle, officiellement enregistrée sous la nuance La France insoumise et se présente comme soutenue par LFI.
Ces soutiens politiques ne préjugent évidemment pas du choix individuel de chacun des grands électeurs. Mais ils permettent de comprendre pourquoi la question de la concentration ou de la dispersion des suffrages est devenue l’un des enjeux centraux de cette élection.
Trois sièges, un siège… ou aucun
Ce que montrent finalement les mathématiques est beaucoup plus simple que toutes les querelles politiques.
Reprenons notre hypothèse de 1 100 voix à gauche.
Très dispersées entre trois listes, elles peuvent, dans certaines configurations, ne produire aucun siège.
Un peu moins dispersées, elles peuvent n’en produire qu’un seul.
Suffisamment concentrées sur une même liste, elles peuvent permettre à celle-ci de placer plusieurs de ses moyennes parmi les sept meilleures et donc d’obtenir deux ou trois sièges, si les scores des autres listes le permettent.
Ce ne sont pas des pronostics. Ce sont trois illustrations d’une mécanique électorale.
Et c’est finalement tout le paradoxe de ces sénatoriales : le nombre total de grands électeurs choisissant une liste de gauche ne suffira pas, à lui seul, à déterminer le nombre de sénateurs de gauche élus. La manière dont ces suffrages se répartiront entre Thomas Dossus, Gabriel Amard et Bruno Bernard sera tout aussi déterminante.
En 2020, 1 156 voix rassemblées sur une même liste avaient permis l’élection de trois sénateurs de la liste d’union de la gauche et des écologistes.
En 2026, cet espace politique est occupé par trois listes distinctes.
Dimanche, quelques dizaines de voix déplacées d’une liste à l’autre peuvent donc suffire à modifier sensiblement la représentation finale.
Aux élections sénatoriales, l’union et la dispersion ne sont pas seulement des considérations politiques.
Au moment du dépouillement, elles deviennent une question d’arithmétique.
pour tête carrée
Signaler Répondrec'est disper-chions(sans accent auvergnat)
Signaler RépondreCe serait génial, mais malheureusement la gamelle fait toujours revenir à la niche.
Signaler RépondrePas d'inquiétude.
Signaler RépondreLarcher et l'UMPS se sont organisés et reparti les postes.
Pas trop de suspens
On ne comprend rien à ces explications de la plus forte moyenne. Il faut nous dire de quoi on fait la moyenne !!!
Signaler RépondreEn ce week-end papal qui s’annonce, que le bon Dieu et les anges puissent vous entendre….
Signaler RépondreC'est pourtant exactement ce que propose LFI si le RN venait au pouvoir lors de la prochaine présidentielle.
Signaler Répondrequ'une personne soit élu est un mauvais signe pour la démocratie?
Signaler Répondredénigré le résultat d'une élection n'est ce pas inquiétant pour la démocratie?
Tous sauf LFI. c'est bien la preuve que RN LR ET Macronie c'est pareil!
Qu'LFI entre au Sénat serait un très mauvais signe pour la démocratie
Signaler RépondreBien sur, de gauche, de droite c'est bonnet blanc et blanc bonnet.
Signaler RépondreCe sont des politiques avant tout...
Sans doute que l'auteur ne l'a pas bien compris lui-même.
Signaler RépondreCe que l'on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément
Nicolas Boileau-Despréaux, L'Art poétique (1674)
Trois listes bien équilibrées peuvent aussi permettre d'élire trois sénateurs de gauche, surtout que la droite est très dispersée et divisée.
Signaler RépondreBruno Bernard se fait un petit plaisir de rappeler la trahisson Doucet LFI des municipales .
Signaler RépondreN'anticipons pas le résultat final pour autant.
Et si (meme si c est peu probable) la gauche n a aucun siege cela sera mérité.
C’est un bon article expliquant l’arithmétique mais pour être complet et bien comprendre il faudrait expliquer comment calcule t’on la moyenne pour cette élection!
Signaler RépondreVous avez raison... même si de tels comportements sont en train de ruiner la France. Renier toutes ses convictions et toutes ses valeurs, mépriser les électeurs pour une "alliance" contre nature et "des postes" ultra bien payés (énormément trop, même).
Signaler RépondreQuel judicieux conseil... La gauche caviar (la droite l'était déjà depuis des lustres...) en pleine action :-) Il vaut mieux lire ça qu'être aveugle... Quoique...
Prêt à faire perdre son parti par vengeance, ce sont les mêmes qu'à droite !
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