Philippe Prieto reconnaît clairement qu’il existe un besoin légitime de sécurité, qu’un sentiment d’insécurité peut être réel et qu’il faut regarder en face la progression du narcotrafic dans certains quartiers.
La sécurité est un droit. Et elle l’est d’abord pour les habitants des quartiers populaires qui sont souvent les premières victimes des trafics, des violences et des incivilités.
Mais surtout, Philippe Prieto ne s’arrête pas aux mots.
Je trouve particulièrement intéressante l’expérimentation des postes mobiles de Police municipale dans les quartiers : sur une place ou un marché le temps de quelques heures, par exemple. L’idée est très concrète : rendre la Police Municipale encore plus visible et accessible. Écouter les riverains. Identifier les difficultés d’un quartier. Faire de la prévention mais aussi permettre une intervention plus rapide lorsque cela est nécessaire. Ou encore recueillir des informations pour mieux les transmettre à la Police Nationale.
L’objectif est désormais d’avoir trois de ces postes mobiles.
Cette évolution passe également par les moyens humains. Lyon comptait environ 327 policiers municipaux au 1er mai. L’objectif affiché par Grégory Doucet et Philippe Prieto est désormais d’atteindre 400 agents d’ici la fin du mandat.
On entend encore régulièrement que la gauche serait par nature incapable d’investir dans la sécurité. Un petit détour par l’histoire récente devrait pourtant inviter certains à davantage de modestie.
Entre fin 2007 et fin 2012, sous Nicolas Sarkozy, les effectifs de la Police nationale sont passés de 149 881 à 142 945 équivalents temps plein. Soit 6 936 postes de moins, environ 4,6 % des effectifs.
Sous François Hollande, entre 2013 et 2017, le bilan officiel faisait au contraire état de 8 837 emplois supplémentaires dans la police et la gendarmerie.
Comme quoi, entre ceux qui parlent le plus fort de sécurité et ceux qui mettent effectivement des policiers supplémentaires sur le terrain, la frontière droite-gauche est parfois moins évidente qu’on voudrait nous le faire croire.
C’est aussi pour cela que je reste profondément convaincu que le Parti socialiste a quelque chose de particulier à apporter sur ce sujet.
Être socialiste, ce n’est pas choisir entre le policier et l’éducateur. C’est financer les deux.
Et c’est exactement la ligne que Philippe Prieto semble vouloir incarner à Lyon.
Cela passe aussi par les outils. Le Centre de supervision urbain, le fameux CSU, permet de centraliser et d’exploiter les images des caméras municipales. La volonté est aujourd’hui de renforcer son utilisation et la coopération avec la Police nationale, notamment en permettant, lorsque cela est nécessaire, la transmission des images en direct.
La question du « déport actif » est également posée : permettre à la Police nationale de piloter directement certaines caméras municipales dans le cadre de ses interventions.
La convention entre Police municipale et Police nationale est d’ailleurs en cours de renégociation.
Mais la Ville de Lyon ne pourra jamais, seule, régler la question de la sécurité.
Il faut l’État, évidemment, parce que la lutte contre le narcotrafic et la grande délinquance relève d’abord de la Police nationale et de la justice. Il faut la Ville pour la tranquillité publique, la présence de proximité et la prévention. Mais il faut également la Métropole.
Prenons un exemple très concret : la Cité Jardin à Gerland.
Le trafic de stupéfiants y pose de véritables difficultés. Or, parfois, l’aménagement urbain lui-même peut devenir un outil de sécurité.
Sous la précédente majorité métropolitaine de Bruno Bernard, un réaménagement des voiries était envisagé, avec notamment la création d’une nouvelle voie et une modification du plan de circulation. L’objectif était double : désenclaver le quartier et faciliter les interventions des forces de l’ordre.
Avec le changement de majorité à la Métropole, ce projet pourrait être remis en cause, notamment pour des raisons financières.
Les Lyonnaises et les Lyonnais trouveraient cela incompréhensible.
On ne peut pas tendre la main à Grégory Doucet sur la sécurité d’un côté et, de l’autre, abandonner un aménagement concret qui permettrait aux policiers d’intervenir plus efficacement sur un point de deal.
Alors oui, à Grégory Doucet, je dis : prenez toutes les mains tendues lorsqu’elles permettent d’améliorer concrètement la sécurité des Lyonnais.
Mais je dis exactement la même chose à la Métropole : si elle veut vraiment aider Lyon, qu’elle finance aussi les projets qui facilitent le travail des forces de l’ordre.
Sur la sécurité, préférons la coproduction à la compétition.
Et surtout, ne tombons pas dans l’autre facilité : croire qu’il suffirait d’ajouter des policiers et des caméras pour résoudre toutes les difficultés.
La répression est indispensable lorsqu’une infraction est commise. Mais combien investissons-nous également pour éviter qu’elle soit commise demain ?
Combien mettons-nous dans la prévention ? Dans l’accompagnement des familles ? Dans l’éducation ? Et surtout dans la réinsertion pour qu’une personne qui a payé sa dette à la société ne recommence pas six mois plus tard ?
C’est là, à mon sens, que la gauche peut apporter une vision plus complète de la sécurité.
Des policiers municipaux supplémentaires à Lyon. Des policiers nationaux supplémentaires de la part de l’État. Des voiries pensées par la Métropole pour faciliter leurs interventions. Et parallèlement, des moyens pour la prévention et la réinsertion.
Voilà une politique de sécurité.
Pas une bataille de communiqués pour savoir qui sera le plus ferme sur X.
Si Philippe Prieto recrute davantage de policiers municipaux, si l’État renforce les effectifs de Police nationale, si la Métropole finance les aménagements utiles et si nous continuons à investir dans la prévention et la réinsertion, chacun aura fait son travail.
Et surtout, pour une fois, personne n’aura besoin de savoir qui a politiquement marqué le point.
Parce que ce seront les Lyonnais qui auront gagné.