La Métropole va-t-elle payer plus cher pour le même service ? Au 104 rue Sébastien-Gryphe, dans le 7e arrondissement de Lyon, l’Hôtel des Facultés était, selon son exploitant, "l’hôtel le moins cher de Lyon."
"Si vous allez sur booking.com et que vous faites une recherche à n'importe qu'elle date, vous mettez du moins cher au plus cher, on arrive en tête de liste", assure Régis Duplessy, propriétaire du fonds de commerce de cet établissement économique de 38 chambres, dont 30 avec sanitaires sur le palier.
Depuis 10 ans, il travaillait avec la Métropole de Lyon, accueillant dans une vingtaine de chambres des mineurs non accompagnés (MNA) et des familles en logement d’urgence. "On n’était pas des marchands de sommeil, les gamins on s’en occupait vraiment. Ils m’appelaient 'tonton' ou 'papa'."
Et en mars 2023, l’exploitant tente de racheter les murs à leurs propriétaires, un couple de pharmaciens, avec l'objectif de sécuriser son activité et engager des travaux de rénovation lourds.
Mais là, mauvaise surprise. La Métropole exerce son droit de préemption urbain et se substitue à lui. "Le droit de préemption est utilisé très régulièrement pour des logements. En revanche, empêcher un commerçant d’acheter son outil de travail, c’est sans précédent", affirme Régis Duplessy.
Il évoque un précédent rue Sainte-Catherine, annulé par la cour administrative d’appel, et assure être "quasiment le seul commerçant" dans cette situation. Désormais locataire de la Métropole, il se dit condamné à court terme : "Je suis ruiné ! Je vais me retrouver expulsé de mon entreprise à 52 ans."
"Une gabegie financière"
Le projet métropolitain vise à transformer l’établissement en hôtel social, avec 32 chambres au lieu de 38, et des travaux importants pour mise aux normes, notamment l’accessibilité PMR et la création d’un ascenseur. Régis Duplessy conteste la logique économique de l’opération : "Moi je facturais les nuitées 38 euros HT. Le business plan prévoit 49 euros HT. Donc il n’y aura pas d’économie sur les nuitées."
Il avance une enveloppe globale d’environ 3 millions d’euros : achat de l’immeuble, indemnité d’éviction calculée sur le chiffre d’affaires, travaux "extrêmement massifs" et salaires des personnels dédiés.
"Ils passent trois fois à la caisse pour un service que je proposais déjà, j'étais un hôtel social, dénonce-t-il. C’est une gabegie financière qui sera supportée par le contribuable."
Il souligne également que, selon lui, la Métropole disposait d’autres solutions : "Depuis 2023, ils ont créé ou libéré 7000 logements. Ils avaient qu’à mettre leur résidence sociale ailleurs sans détruire une entreprise existante."
Selon Régis Duplessy, la séquence qui s’est déroulée entre l’été 2024 et le début de l’année 2025 ne relèverait pas d’un simple ajustement administratif, mais d’une stratégie délibérée. L’hôtelier estime que la Métropole aurait profité de sa double position – à la fois collectivité préemptrice et principal client de l’établissement – pour affaiblir artificiellement la valeur de son fonds de commerce avant le versement de l’indemnité d’éviction. Entre juin 2024 et janvier 2025, l’hôtelier affirme que la collectivité écologiste lui a progressivement retiré tous les bénéficiaires de l’aide sociale.
"Les assistantes sociales m’expliquaient qu’elles avaient pour instruction de ne plus travailler avec nous."
Selon lui, cette décision n'est en effet pas un hasard et aurait pour but de faire chuter son chiffre d’affaires, impactant ainsi mécaniquement le montant de l’indemnité d’éviction. Car l’indemnité est calculée sur le chiffre d’affaires.
"La Métropole m’a retiré toute sa clientèle. Mon chiffre d’affaires s’est effondré et l’indemnité s’effondre avec." Il conteste également les conditions dans lesquelles le partenariat avec la Métropole a pris fin.
Selon lui, c’est au moment où les placements ont cessé qu’il lui aurait été expliqué qu’il fallait désormais répondre à un appel d’offres pour continuer à accueillir des bénéficiaires de l’aide sociale.Un changement de pratique qu’il dit avoir découvert a posteriori. "On m’écrit qu’un mail a été envoyé à tous les hôteliers partenaires quelques semaines avant le lancement de la procédure. Je ne l’ai jamais reçu. J’ai demandé deux fois une copie du mail censé m’avoir été adressé, on ne m’a jamais répondu."
Régis Duplessy affirme n’avoir jamais été directement contacté pour l’informer de cette évolution. Il souligne que, dans le secteur hôtelier, la consultation régulière des plateformes de marchés publics ne serait pas un usage courant. "Les entreprises de BTP consultent quotidiennement les sites des collectivités pour les appels d’offres. Dans l’hôtellerie, ce n’est pas du tout la pratique. Aucun hôtelier n’a l’idée d’aller vérifier chaque semaine le site de la Métropole."
Selon lui, 39 hôtels feraient aujourd’hui partie de ce marché public, dont il aurait été exclu. Il estime ainsi avoir été "volontairement mis à l’écart" d’un dispositif qui conditionnait pourtant la poursuite de son activité avec la collectivité.
Une décision "politique" ?
Régis Duplessy nous rapporte qu’un responsable métropolitain lui aurait indiqué : "La question est déjà tranchée. C’est une décision politique." Il y voit "une décision purement dogmatique", visant selon lui à remplacer des opérateurs privés par un office HLM. À terme, Régis Duplessy estime que la transformation de l’établissement en résidence sociale signera la disparition du "dernier hôtel économique dans le centre de Lyon".
"Quelqu’un au SMIC qui vient à Lyon pour une formation ou un salon ne trouvera plus de chambre à 40 euros la nuit", affirme-t-il, dénonçant une offre qui se déplacerait vers la périphérie. Il souligne également que certains bénéficiaires suivis par la Métropole – familles avec enfants scolarisés à proximité, jeunes en insertion ou en formation – auraient été relogés "à l’autre bout de la ville" ou du département, malgré leur volonté de rester dans le quartier, rompant selon lui des équilibres déjà fragiles. Il cite également le cas d’un jeune pour lequel la Métropole réglait 1 350 euros par mois rue Sébastien-Gryphe et qui aurait été déplacé vers un autre établissement facturant 1860 euros, soit une hausse d’environ 38%, "à la charge du contribuable".
Un jugement du tribunal administratif lui a récemment été défavorable. Il cite un passage : "La rentabilité de l’opération est sans pertinence dans le cadre des missions de la personne publique en matière sociale."
"Le contribuable lyonnais, lui, ne s’en fiche pas", réagit-il. Reste la question soulevée par l’hôtelier : la transformation d’un hôtel économique déjà mobilisé pour l’urgence sociale est-elle plus pertinente — et plus économique — qu’un partenariat avec le secteur privé ?
À quelques semaines des élections métropolitaines, l’hôtelier fonde désormais ses espoirs sur un éventuel changement politique. "Oui ça peut changer quelque chose d'avoir des dirigeants à la Métropole qui soient concernés par une politique rationnelle et pas guidée par des dogmes. Et qui notamment reviennent sur des décisions qui relèvent de l'aberration pure et simple", estime-t-il, convaincu qu’un nouveau cap pourrait, selon lui, rebattre les cartes.
Contactée la Métropole explique : "La Métropole de Lyon déploie depuis 2020 une politique d'hospitalité ambitieuse fondée sur le principe du logement d'abord, complété par des dispositifs d'urgence pour les publics les plus vulnérables.
La décision de préemption de l’Hôtel des Facultés a été validée par la justice administrative en première instance, confirmant ainsi la régularité et le bien-fondé de l’action de la collectivité.
Sur le fond, la Métropole de Lyon fait ainsi le choix d’un investissement public structurant. En transformant cet hôtel de tourisme en résidence sociale pérenne, la collectivité garantit la création d'une solution de logement durable, digne et de qualité à destination des plus fragiles."
Conclusion: ne jamais travailler avec les verts.
Signaler RépondreJe ne connais pas l'origine du différent actuel entre l'hôtelier et la Métropole de Lyon, mais je peux témoigner d'une chose : comme militant auprès de personnes à la rue et comme responsable d'une association intervenant auprès de personnes migrantes se retrouvant sans toit du jour au lendemain, j'ai utilisé à de nombreuses reprises cet hôtel, en plein cœur de Lyon et très accessible, pour mettre à l'abri, pendant quelques jours, à un prix très raisonnable des personnes en grande difficulté.
Signaler RépondreJe trouve donc extrêmement dommage que, une fois de plus, de telles entreprises privées, avec un fonctionnement souple et efficace, soient condamnées à terme par des projets institutionnels qui seront gérés par des "professionnels du social" pour leur seul public, avec des listes d'attente et des contraintes administratives démentielles ... On voit ce que les fermetures des auberges de jeunesse de Lyon-Vénissieux et de Lyon 5ème ont donné comme résultat dans le passé !
Encore un qui découvre les arcanes des khmers. RV en mars !
Signaler RépondreIl faut bien nourrir le tonton Bernard ;-)
Signaler RépondreIl a copiné avec les écolos, il faisait du business grâce à eux. La métropole lui ramenait sa clientèle. Son client était donc la métropole a 90 %.
Signaler RépondreMaintenant la métropole et ses amis le lache. Il se dit ruiné. Bah c’est pas grave, quand est écolo on ne doit pas pensée à soi. Et éviter toute logique capitaliste. A 52 ans il pourra s’appliquer les principes de la secte.