Dix-sept voix et un échec de coordination.
La liste d'union du sénateur écologiste sortant Thomas Dossus obtient 625 voix. Il en manquait dix-sept pour que sa numéro deux, la socialiste Hélène Geoffroy, prenne le dernier siège à la sénatrice LR Catherine Di Folco. La liste dissidente de l'écologiste Bruno Bernard, président de la Métropole jusqu'en mars, réunit 308 voix, sans élu. A 13 voix Bernard a raté de peu son pari , celui de faire élire un second sénateur écolo. 13 voix, sans doute allées sur l’insoumis Gabriel Amard.
Un candidat de gauche avait fait ses calculs : le potentiel de la gauche et des écologistes, « autour de 920 », suffisait pour « aller chercher la première place facilement et les 3 sièges ». En additionnant les voix des deux listes il faut nuancer : les 933 voix additionnées donnaient deux sièges à l’union verts et socialiste, le troisième en aurait exigé 976. Gary Cox appelle cela un échec de coordination : des voix voisines, dispersées entre plusieurs listes, se perdent ailleurs (Making Votes Count, Cambridge University Press, 1997). La plus forte moyenne favorise les grosses listes et punit mécaniquement la division.
Les écologistes, ou la tentation des deux portes
Les Écologistes ont exclu temporairement Bruno Bernard, et la majorité du maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, a signé un communiqué limpide : « L'Union est la solution. La scission, un naufrage. » Doucet a fait le travail, sans verrouiller ses élus par un appel collectif. Beaucoup d'écologistes ont tenté d'obtenir deux sénateurs par deux portes. Dimanche, à la préfecture, Bernard était plus entouré d'élus verts que Dossus.
Villeurbanne et la chouette de Minerve
La chouette de Minerve, écrivait Hegel, ne prend son envol qu'à la tombée de la nuit. Cédric Van Styvendael, maire socialiste de Villeurbanne, s'est contenté d'une vidéo de soutien discrète à la liste d'union verts-ps ; sa déclaration officielle a suivi la fermeture des urnes, pour déplorer « l'impasse que représentent les divisions à gauche et les stratégies solitaires ». La suite doit moins l'enchanter : en entrant au Sénat, l'insoumis Gabriel Amard, député de Villeurbanne, laisse son siège à sa suppléante Melouka Hadj-Mimoune, adjointe au logement de Van Styvendael et militante socialiste. Pour un maire qui est réputé, selon ses proches aimer le contrôle, une députée qu'il n'a pas faite relève de l'imprévu. Des proches de Bernard auraient, selon ces derniers, fait croire à une législative partielle pour dissuader les socialistes de voter Amard. Le code électoral dit l'inverse (articles LO 137 et LO 176) : la suppléante siège. Les socialistes ne s'y sont pas trompés et plusieurs ont sans doute voté Amard dans le secret de l’isoloir pour faire élire une des leurs.
Battue de 104 voix en mars à Vaulx-en-Velin par l’insoumis Abdelkader Lahmar, Hélène Geoffroy a perdu avec sa mairie une partie de ses grands électeurs, tandis que plusieurs jeunes élus socialistes ont préféré soutenir la liste de Gabriel Amard plutôt que la sienne.
Et puis la direction du PS avait arrêté la liste sans vote militant pour départager Hélène Geoffroy de la députée socialiste Sandrine Runel, méthode que, comme l’ont souligné les jeunes socialistes du Rhône dans un communiqué, Runel et l'appareil avaient déjà employée aux élections municipales et métropolitaines pour écarter des gêneurs. Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki ont décrit la question d’une organisation soucieuse de conserver les positions acquises (La Société des socialistes, Éditions du Croquant, 2006). Troisième de liste, Jules Joassard, militant de longue date qui ne compte pas ses heures, en fait une fois de plus les frais. La politique n'aime pas les besogneux, et c'est dommage.
Le vote par défaut a changé de camp
D'environ 260 grands électeurs identifiés, à Lyon et dans les villes conquises en mars par La France insoumise, Vaulx-en-Velin, Vénissieux et Saint-Fons. Amard en obtient 374... Et il y a des électeurs du Nouveau Rhône, souvent non encartés, qui lui ont, pour un nombre plus significatif que prévu, apporté leurs voix. Longtemps, le grand électeur de gauche sans étiquette votait socialiste par défaut ; ce par défaut est désormais insoumis. Florent Gougou décrit un ordre électoral tripartite (West European Politics, 2024) ; le collège sénatorial, évolue.
À droite, la dispersion en bon ordre
La droite a éparpillé ses 1 738 voix sur quatre listes. Le maire LR d'Écully, Sébastien Michel, arrive en tête. Paul Vidal (LR), sénateur depuis juillet, repart avec 160 voix, et le sortant LR Étienne Blanc s'était replié en septième position chez Nouvelle Énergie, le parti de David Lisnard. t. Béatrice de Montille, vice-présidente de la Métropole, relais de Lisnard, mise au ban par LR en juin au plus fort de l'affaire Abreu, était deuxième derrière le maire de Brignais, Serge Bérard. La liste de Béatrice de Montille arrache un siège avec une douzaine de voix d'avance, au nez des cadres LR, dont Pierre Oliver en tête, qui voulaient sa peau.
Ce que l'on attend de ces braves sénateurs
On espère que, pour reboucler la question du pouvoir d’achat et des sénateurs, une fois installés ou réinstallés, ces parlementaires prendront enfin le temps de voter la proposition de la sénatrice socialiste Viviane Artigalas, qui crée un tarif spécial de l'électricité pour les ménages modestes et interdit les coupures toute l'année, attend depuis juin 2025. Les ménages qui sautent un repas pour payer leur facture ignorent tout de la plus forte moyenne.
tu as froid capello?ou ton thermomètre est givré?ou tu es givré du thermomètre?
Signaler RépondreMais comment un si brillant esprit citant Hegel n'a t il pas plus de responsabilité ?
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