Marionnaud : à Lyon, la colère vient de loin

Marionnaud : à Lyon, la colère vient de loin

Le 2 septembre, des salariées se rassemblent devant le magasin de parfumerie et cosmétiques Marionnaud de la rue Victor-Hugo, l’un des vingt que comporte le territoire de la Métropole de Lyon. Trois jours plus tard, la mobilisation prend une autre ampleur.

Ce samedi, les syndicats annoncent quatorze magasins fermés au moins partiellement suite à un mouvement de grève dans le secteur lyonnais. Cette colère lyonnaise se situe dans un mouvement national. En effet, Marionnaud change de propriétaire après presque vingt ans sous contrôle du groupe chinois AS Watson. Le Français David Konckier porte le projet de reprise à travers la société BEHN créée pour l’occasion. Il contrôle aussi le groupe français Bogart.

Pour les salariées, le sujet dépasse donc largement un changement de nom au sommet. Elles veulent comprendre ce que le nouveau propriétaire fera du réseau. À l’image de la responsable de la CGT Maryline Gentil, avec qui j’ai pu échanger, elles veulent surtout savoir combien de magasins resteront ouverts.

Une entreprise déjà fragilisée

Le malaise précède largement le projet de rachat. Dès janvier 2025, les représentantes du personnel s’inquiètent de la situation économique de Marionnaud, de questions stratégiques amenant à une baisse de la clientèle selon elles. Le CSE déclenche un droit d’alerte économique. Ce mécanisme permet aux élus d’interroger la direction sur des faits jugés préoccupants. Ils peuvent aussi demander une expertise indépendante pour examiner les comptes et les perspectives.

Le 25 février 2025, le CSE choisit le cabinet Diagoris. La direction conteste cette décision devant le tribunal judiciaire de Paris. Elle demande au juge d’annuler le recours à l’expert. Le tribunal tranche le 31 mars 2026. Il rejette la demande des trois sociétés composant Marionnaud. Il fixe aussi la mission de Diagoris à vingt-quatre jours.

Les salariées avaient déjà tiré la sonnette d’alarme bien avant la vente. Le rachat ajoute une nouvelle incertitude à une situation déjà tendue.

Quand les clientes viennent moins

Dans les magasins, les salariées ont aussi vu la clientèle se réduire. La CGT met en cause plusieurs choix commerciaux pris ces dernières années.

Outre l’absence de communication pour attirer dans les magasins ou une carte de fidélité payante à 12 euros, la suppression du service d’épilation est l’un des choix stratégiques contestés par le syndicat. Ce service attirait des clientes dans les magasins à intervalles réguliers. Certaines profitaient ensuite de leur passage pour acheter un parfum ou des produits cosmétiques.

Selon la CGT, sa suppression avant d’être finalement rétablie a encore affaibli le trafic en magasin.

Marionnaud doit aujourd’hui reconquérir cette clientèle. Le futur propriétaire devra donc définir une stratégie commerciale claire. Les équipes redoutent aussi un budget de communication annoncé en baisse par le repreneur.

Des économies visibles dans les boutiques

Les salariées parlent aussi de la sécurité. Plusieurs magasins travaillent sans agent dédié, selon la CGT.

Une parfumerie concentre des produits coûteux et faciles à emporter. Les vendeuses doivent alors conseiller, encaisser et surveiller les rayons. Cette organisation ajoute une pression quotidienne sur des équipes déjà réduites.

Le sujet dépasse la seule question des vols. Il révèle aussi la manière dont les économies touchent directement le travail en boutique.

Le nom du repreneur pèse dans le débat.

Le nom de David Konckier nourrit aussi les inquiétudes. Le dirigeant possède, il faut le reconnaître, une longue expérience dans la parfumerie, la mode et les cosmétiques et ne vient pas de nulle part. Et son arrivée fait revenir la marque sous pavillon français. Son groupe Bogart a déjà restructuré plusieurs réseaux de boutiques.

Mais les reprises n’ont pas été indolores et n’ont pas toujours été suivies de vraies campagnes de relance. April France a notamment connu plusieurs vagues de fermetures et de suppressions de postes. Bogart a aussi fermé des magasins non rentables dans plusieurs pays européens. Ces précédents ne dessinent pas automatiquement l’avenir de Marionnaud, mais rendent les syndicats très prudents. Les salariés veulent donc des engagements précis sur les emplois, les magasins et les rémunérations. Ils demandent également le maintien des accords collectifs. Ils veulent enfin connaître la stratégie de la société créée spécialement pour la reprise, qui porte désormais une acquisition importante, avec plusieurs centaines de magasins et environ 2 400 salariés.

À Lyon, des emplois très concrets

La situation prend une dimension particulière dans les équipes lyonnaises. Marionnaud emploie très majoritairement des femmes dans ses magasins. La CGT souligne aussi la présence de nombreuses mères seules. Pour elles, une fermeture provoque immédiatement des conséquences très concrètes.

Leur mobilisation ne repose donc pas seulement sur la peur du changement. Elle s’appuie sur plusieurs années de décisions et de difficultés.

À Lyon, le mouvement pose finalement une question assez simple. Le futur propriétaire veut-il seulement réduire les coûts, ou relancer vraiment Marionnaud ?

Pour reconquérir les clientes, il devra aussi convaincre celles qui les accueillent chaque jour.

Retrouvez tous les billets de Romain Blachier sur son site

2 commentaires
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Dupon le 08/09/2026 à 20:25

Eh bien si R Blachier nous sort des articles sur les parfumeries, ça sent pas bon..😅.
En fait c'est ni plus ni moins un article écrit par la CGT.. Facile le travail

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Tabareau69004 le 08/09/2026 à 19:54

En résumé, la CGT demande l'application des règles de l'économie de marché et du libre échange pour redynamiser cette enseigne. Mais il faut agir vite.

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