Le 5 novembre, Raphaël Arnault devait présenter son livre « Antifasciste » dans une salle municipale du 8e arrondissement, mise gracieusement à sa disposition. À quelques kilomètres de là, sur un trottoir du 7e, Quentin Deranque, 23 ans, a été mortellement frappé le 12 février dernier. Il a succombé deux jours plus tard. Neuf mois après, sa famille attend toujours la vérité. Et c’est précisément là, dans cette ville encore meurtrie, que Raphaël Arnault a jugé opportun d’organiser la présentation de son livre, placée sous la bannière de l’antifascisme.
Faut-il rappeler qui est Raphaël Arnault ? Député insoumis du Vaucluse, il a cofondé la Jeune Garde, groupe "antifasciste" né à Lyon en 2018 et dissous par les autorités en 2025. Quatorze personnes sont aujourd’hui mises en examen dans l’enquête sur la mort de Quentin. La plupart sont présentées comme membres de ce groupe, et plusieurs comptent parmi les proches du député, y compris des collaborateurs parlementaires.
La famille de Quentin a demandé qu’il soit entendu. Il l’a d’ailleurs été fin octobre, en audition libre, par la sous-direction antiterroriste. Comme tout citoyen, il bénéficie de la présomption d’innocence, et il n’est pas question ici de se substituer aux juges. Mais la justice n’est pas le seul tribunal : il y a aussi celui de la décence.
Car c’est bien de décence qu’il s’agit. Venir à Lyon faire la promotion de l’antifascisme, dans l’agglomération même où Quentin a perdu la vie, au moment où ses parents réclament des réponses, ce n’est pas un débat d’idées. C’est une provocation. Dans ce contexte, le titre même de l’ouvrage sonne comme un défi lancé à une famille en deuil.
Car ce sont des militants se réclamant de cet antifascisme-là, celui qui revendique l’autodéfense que le député défend publiquement depuis des années, qui se retrouvent aujourd’hui mis en examen dans l’enquête sur la mort de leur fils. La famille l’a dit elle-même, avec une dignité qui force le respect : elle regrette que la décence n’ait pas conduit le député à tenir sa réunion ailleurs.
Les Lyonnais l’ont compris immédiatement, et Lyon a répondu d’une seule voix, mais par mille canaux. Une association, Amyne, a offert à chacun un moyen simple de saisir les autorités et de signer une pétition. Des élus du camp national et des citoyens "ordinaires" ont interpellé le préfet et la mairie. Des élus de la droite et du centre ont, pour l’occasion, refusé de se laisser dicter leur conduite par la gauche. Des plumes, dont votre servante, ont pris position dans des tribunes largement relayées. Et des Lyonnais que rien ne prédisposait à l’engagement se sont manifestés : une élue me racontait la surprise des services municipaux devant ces mères de famille venues dire de vive voix que ce n’était pas acceptable. Ce ne sont pas des militants aguerris : ce sont des parents, qui pensent à un garçon de 23 ans qui n’est jamais rentré chez lui.
Face à cette mobilisation, le maire du 8e et Grégory Doucet ont retiré la salle. On aurait pu en rester là. Mais le député a choisi de maintenir sa conférence coûte que coûte, en se repliant dans un bar de Villeurbanne, tandis que des militants d’ultragauche envahissaient le conseil du 8e arrondissement pour faire pression sur leurs alliés d’hier.
Ce qui frappe, dans cette affaire, c’est l’obstination. Comme si l’essentiel n’était pas de parler, mais de parler là, précisément, à quelques kilomètres du lieu où Quentin est tombé. Cette insistance en dit long sur ce que certains entendent par "antifascisme" : moins un combat d’idées qu’un marquage de territoire.
La mobilisation a donc repris avec la même détermination : nouvelles saisines, nouvelles signatures, nouvelles interpellations. Ce jeudi, le préfet du Rhône a interdit la réunion. Il l’a fait au nom de l’ordre public, comme le droit le lui permet. Mais sans la mobilisation de très nombreux Lyonnais, cette conférence se serait tenue dans l’indifférence générale.
La liberté d’expression et la liberté de réunion font partie de nos principes. Elles sont précieuses, et je les défends. Mais aucune liberté ne dispense de la responsabilité. Au-delà du droit, il existe une exigence de décence qui s’impose à tous, et plus encore à un élu de la Nation. Osons le mot : un impératif moral.
La politique ne peut pas s’affranchir éternellement de la morale. C’est la morale qui a gagné le jeudi 5 novembre, quand la conférence de Raphaël Arnault a été interdite.
Cette victoire n’appartient à personne en particulier, et c’est ce qui fait sa force. Élus, citoyens, Lyonnais : chacun a pris sa part avec les moyens dont il disposait. Les uns ont signé, d’autres ont écrit, d’autres encore se sont déplacés ou ont interpellé les autorités. Aucun n’aurait suffi seul ; ensemble, ils ont été entendus. Il n’a fallu ni violence ni invective : seulement des élus et des citoyens qui ont fait usage, calmement et fermement, des voies que leur offre la Loi. Voilà la réponse la plus cinglante qu’on puisse opposer à ceux qui prétendent défendre la démocratie à coups de poing.
Il y a là une leçon qui dépasse Lyon. L’union fait la force. C’est une leçon essentielle pour les mois décisifs qui s’ouvrent pour notre pays : face à la menace de l’extrême gauche, c’est cette même union qui fera la France.
Depuis des décennies, la gauche distribue des leçons de morale à tout le monde tout en tolérant dans ses rangs les pires dérives. Trop longtemps, on l’a laissée tenir le haut du pavé. À Lyon, cette fois, l’union et la décence l’ont emporté.
Nous le devions à Quentin. Nous le devions à sa famille. Et nous le devons à tous ceux qui refusent que l’ultragauche la plus violente définisse les contours de notre morale commune.
Agnès Marion
Conseillère municipale de Saint-Genis-Laval, secrétaire générale d'Identité-Libertés.