Raphaël Arnault est finalement bien venu à Villeurbanne ce vendredi 6 novembre.
La veille, la préfecture du Rhône avait interdit la conférence que le député LFI du Vaucluse devait tenir au Bieristan, invoquant des risques de troubles à l’ordre public sur fond de menaces de groupes d’ultradroite. Mais saisi en référé-liberté, le tribunal administratif de Lyon a suspendu cette interdiction vendredi après-midi.
Le juge a considéré que la mesure, qui privait les deux parlementaires Raphaël Arnault et Anaïs Belouassa-Cherifi de leur liberté d’expression, ne pouvait être regardée comme nécessaire au maintien de l’ordre public. La préfecture a pris acte de la décision et annoncé le déploiement d’un dispositif de sécurité adapté. Le Progrès
En marge de la présentation de son livre Antifasciste, Raphaël Arnault a profité d’une conférence de presse pour revenir longuement sur le bras de fer avec les services de l’État.
"La préfecture a manqué à ses devoirs"
Le député dit comprendre les inquiétudes concernant d’éventuels débordements, mais renverse la responsabilité vers les autorités.
"Je sais mieux que personne que l’extrême droite peut être extrêmement violente et qu’ils attaquent des conférences depuis des années", a-t-il déclaré, avant de rappeler que la préfecture est justement chargée "d’assurer la sécurité de toutes et tous, notamment des événements publics".
Raphaël Arnault accuse plus largement les services de l’État d’avoir, à plusieurs reprises par le passé, insuffisamment réagi face à des violences attribuées à des militants d’extrême droite.
"La préfecture a bien trop malheureusement, des fois, pas fait son travail", affirme-t-il. "Même lorsqu’il y a un affrontement qui débute, la préfecture, à plein d’endroits, a manqué à ses devoirs."
Raphaël Arnault assure avoir voulu éviter tout affrontement
Alors que sa venue était sous tension, l’ancien porte-parole de la Jeune Garde assure avoir pris des précautions pour éviter les incidents autour du Bieristan, Villeurbanne avait été bouclée par la préfecture dans ce secteur.
"J’espère avoir tout fait [...] pour qu’il n’y ait aucun affrontement possible", explique le Lyonnais qui avait déclaré sur ses réseaux sociaux : "Soyez vigilants, ne restez pas seuls, ne tombez pas dans la provocation".
Pour le parlementaire du Vaucluse, l’existence de menaces ne doit pas conduire à renoncer à organiser ce type de réunion : "Il faut surtout ne pas se résigner et défendre cette idée-là. Défendre le droit que chacun et chacune puisse s’exprimer".
L’affaire Quentin Deranque de nouveau au cœur des questions
Raphaël Arnault a également été interrogé sur l’affaire Quentin Deranque, régulièrement évoquée par ses opposants à l’occasion de sa venue à Lyon puisque des proches sont mis en examen, voire incarcérés, à l'instar de son ex-assistant parlementaire Jacques-Elie Favrot.
Le député affirme ne pas avoir de responsabilité dans cette affaire et dénonce une "tentative d’instrumentalisation". Raphaël Arnault assure également ne pas défendre "le mode d’action de ce qui a pu se dérouler ce jour-là".
Interrogé sur les critiques exprimées par la famille de Quentin Deranque concernant l’opportunité de sa conférence, il répond que "chacun a le droit de s’exprimer dans ce pays" et "de penser ce qu’il veut".
"Ne pas baisser les yeux"
Pour Raphaël Arnault, sa présence dans l’agglomération lyonnaise revêt aussi une dimension particulière en raison de son passé militant local.
Il rappelle avoir participé au collectif Fermer les locaux fascistes, engagé contre plusieurs lieux d’extrême droite à
Lyon, un épisode qu’il développe également dans son livre.
Le député revendique aujourd’hui la poursuite de ce combat sur le terrain politique. "L’important, c’est de ne pas baisser les yeux et surtout de ne pas quitter l’État de droit", insiste-t-il. Pour lui, la décision rendue vendredi par la justice administrative rappelle notamment que "les députés ont le droit de s’exprimer dans ce pays".