Jusqu’à 38°C dans son restaurant, les clients désertent : à Villeurbanne, il attaque en justice son bailleur et joue sa survie

Jusqu’à 38°C dans son restaurant, les clients désertent : à Villeurbanne, il attaque en justice son bailleur et joue sa survie
La température est intenable dans le restaurant Lucien et la Cocotte à Villeurbanne, au grand dam de son patron - DR

Depuis près de huit ans, Antoine Minart dénonce des problèmes à répétition de chauffage et de climatisation dans son restaurant de la Soie à Villeurbanne. Face à des températures atteignant 38 °C, il a finalement décidé d’attaquer son bailleur, Crédit Agricole Immobilier, en justice.

Un petit clin d’œil à Daniel Balavoine pour lancer un grand cri d’alarme.

Antoine Minart parle aujourd’hui de son “SOS d’un restaurateur en détresse”. À 65 ans, le gérant de Lucien et la Cocotte, restaurant de cuisine française spécialisé notamment dans les plats en cocotte à Villeurbanne, assure pourtant ne plus avoir envie de se battre.

Mais après presque huit ans de problèmes de chauffage et de climatisation, il dit être arrivé au bout.

Depuis le 14 juillet, la climatisation est de nouveau en panne.

Le matin, à l’ouverture, le thermomètre oscille déjà entre 30 et 33 °C. Au fil du service, la température grimpe jusqu’à 37 voire 38 °C. “J’ai même de bons clients qui ne viennent plus chez moi”, déplore Antoine Minart.

Difficile d’imaginer pareil scénario lorsqu’il s’installe en novembre 2018. Le quartier de la Soie est encore en plein développement. Crédit Agricole Immobilier y construit un important ensemble de bureaux et réserve six emplacements à des restaurants, à proximité immédiate du métro Vaulx-en-Velin La Soie, du Ninkasi et de l’esplanade Miriam-Makeba. Sur le papier, l’emplacement a tout du bon plan.

Un coup de chaud qui gèle la fréquentation

Mais le rêve se fissure dès les premiers mois. Le restaurateur explique dépendre du système collectif du bâtiment pour alimenter son installation en chaud et en froid, sans possibilité d’installer une climatisation classique avec un équipement extérieur. Il affirme avoir malgré tout investi plus de 25 000 euros dans son propre dispositif.

“Premier hiver, premier problème de froid. Premier été, premier problème de climatisation”. Selon Antoine Minart, l’eau destinée au refroidissement peut arriver autour de 23 °C alors qu’elle devrait être proche de 16 °C. Il affirme que Crédit Agricole Immobilier a d’abord mis en cause son installation. Pourtant, assure-t-il, les difficultés se sont également manifestées dans les bureaux et chez les autres restaurateurs.

Deux importants locataires des bureaux auraient même porté le dossier devant la justice, sans succès selon lui. Et la situation aurait progressivement fragilisé les commerces de l’esplanade. Sur les six restaurants présents à l’origine, deux ont définitivement fermé et un seul dispose aujourd’hui d’une climatisation fonctionnelle.

Le télétravail dans les bureaux voisins dignes d'une fournaise a également fait disparaître une partie de la clientèle du midi.

Pour Lucien et la Cocotte, l’équation devient elle aussi intenable. Le restaurateur estime avoir investi près de 400 000 euros dans son affaire et explique avoir tenté de la vendre. Sans trouver preneur. “Personne n’en veut”, tranche-t-il.

Le prochain sur la liste ?

Antoine Minart assure avoir cherché à négocier une sortie avec Crédit Agricole Immobilier. Sans résultat à ses yeux. “On aurait pu trouver des solutions, avancer. Mais aujourd’hui, le dialogue est rompu”. Le restaurateur a donc fini par assigner son bailleur en justice. Une décision était attendue, mais le délibéré a été reporté.

À 65 ans, il dit pourtant aspirer davantage à la retraite qu’aux tribunaux. “Mon but n’est pas de me battre, mais de trouver une solution”. La mairie de Villeurbanne, qu’il dit avoir sollicitée, lui aurait répondu que le litige relevait du privé.

Désormais, Antoine Minart réclame par exemple un gel des loyers dans l’attente d’une solution durable aux problèmes techniques, ou toute solution pour lui permettre de travailler dans des conditions plus saines. Faute d’accord, il envisage l’option qu’il voulait précisément éviter : fermer définitivement. 

Après presque huit ans d’activité à la Soie, l’emplacement de rêve de 2018 semble désormais bien loin. Antoine Minart espère encore sauver son restaurant et continuer à faire tourner ses fourneaux. Mais sans solution rapide, il le sait : Lucien et la Cocotte pourrait bien être le prochain à baisser définitivement le rideau.

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