Maire socialiste de 1977 à 1990, député puis sénateur du Rhône, il fut surtout un maire bâtisseur, celui qui voulait faire d’Oullins une ville populaire, agréable à vivre, culturelle et fière de son identité.
Mais derrière l’élu au charisme naturel se trouvait un homme décrit comme étant humain, sensible et discret. Ceux qui l’ont connu racontent quelqu’un qui n’avait pas besoin de se mettre constamment en avant. Son ambition était immense pour sa ville, beaucoup moins pour sa propre personne.
Son épouse, Nicole Bernard, résume parfaitement sa philosophie par une formule : « Faire la ville, faire la vie. » Pour Roland Bernard, transformer une ville ne signifiait pas seulement construire des logements ou aménager des rues. Il fallait aussi créer du lien entre les habitants.
C’est notamment pour cela qu’il accordait une telle importance à l’art et à la culture. Faire entrer des artistes à Oullins, développer la Renaissance, multiplier les œuvres dans l’espace public : tout cela devait permettre aux habitants de se rencontrer, d’échanger et d’être fiers de leur ville. Pour lui, l’art était aussi une manière de rassembler les gens.
Avant de s’installer à Oullins, Roland et Nicole vivaient à Sainte-Foy-lès-Lyon. Roland Bernard appartenait à cette génération de jeunes socialistes qui souhaitaient conquérir les villes de l’agglomération lyonnaise afin d’y faire vivre leurs idées et de préparer l’alternance autour de François Mitterrand. Il arrive à Oullins avec l’ambition de succéder à Paul Jordery, devient conseiller général en 1976 puis maire en 1977. Le parcours politique parfait d’un fin stratège et analyste politique, qualités dont a hérité son fils Bruno, lui permettant de devenir président de la Métropole de Lyon en 2020.
Quatre ans plus tard, son ami François Mitterrand est élu président de la République. Roland Bernard, très proche de lui et compagnon des rendez-vous de Solutré, devient député.
Pour autant, réduire Roland Bernard à "l’ami de Mitterrand" serait profondément inexact. Son œuvre, c’était Oullins.
Avec Roland Castro et l’aventure de "Banlieues 89", il transforme profondément la commune. Le centre-ville évolue, l’habitat est repensé, l’architecture et l’art investissent l’espace public. Il voulait qu’Oullins cesse d’être considérée comme une simple périphérie de Lyon et devienne une ville à part entière. Que dirait-il s’il voyait qu’Oullins a aujourd’hui fusionné avec Pierre-Bénite sans aucune raison valable ?
Cette ambition atteint un symbole particulièrement fort le 15 octobre 1988, lorsque François Mitterrand vient à Oullins pour parler de la ville, du logement et des banlieues. Roland Bernard avait réussi à faire de sa commune un modèle observé bien au-delà du Rhône.
Après l’annulation du scrutin de 1989, que Roland Bernard avait remporté, l’élection partielle de février 1990 voit Michel Terrot l’emporter de seulement 36 voix.
Certaines méthodes utilisées par Michel Terrot pendant cette campagne semblent annoncer une forme de politique devenue aujourd’hui malheureusement familière : fake news et populismes.
Et lorsque je relis aujourd’hui les interventions de Roland Bernard à seulement une trentaine d’années, une chose me frappe : le niveau. Le maire, mais aussi docteur en sciences économiques et universitaire, parlait de décentralisation, de transformation sociale, de démocratie locale, du rôle des collectivités. Le contraste avec le piètre niveau de certaines interventions de l’actuel conseil municipal est parfois consternant.
Le 17 octobre, nous rendrons donc hommage au parlementaire, au socialiste et à l’ami de François Mitterrand, mais surtout à l’homme sensible et discret, au mari de Nicole, au père de Bruno et au maire bâtisseur.
À celui qui voulait "faire la ville, faire la vie".
Je n’aurai jamais la prétention de me comparer à Roland Bernard, mais mon amour pour cette ville, ainsi que mon souci d’honnêteté et de transparence, m’obligent à dire, très modestement, que je souhaite m’inspirer de son exemple, marcher dans ses pas et travailler avec acharnement pour, un jour, lui succéder.
Merci pour cette chronique, je partage cette consternation face au "niveau" actuell du conseil municipal élu. Hélas le reflet du monde politique en vogue dans le monde..
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