Véronique Sarselli : "Une solution avant l'été pour la rue Grenette à Lyon"

Véronique Sarselli : "Une solution avant l'été pour la rue Grenette à Lyon"

Véronique Sarselli a accordé à LyonMag un long entretien ce vendredi 17 avril. Dans son nouveau bureau, la présidente de la Métropole de Lyon est revenue sur ses premières semaines de mandat, les échéances à court terme et la mise en place de sa méthode de dialogue.

LyonMag : En décembre dernier pendant la campagne, vous aviez alerté sur la situation financière de la Métropole, son budget 2026 peut-être insincère... Dans quel état vous avez trouvé la collectivité ?

Véronique Sarselli : Nous lançons l’audit dont dont nous avions parlé. Et comme je l’ai dit le jour du discours d’installation, on ne le fait pas de manière malhonnête ou avec une arrière-pensée. Mais à un moment donné, il nous faut l'éclairage d'un organisme extérieur qui soit capable de dire où nous en sommes actuellement. Et je pense que c’est même plutôt logique, plutôt sain, lorsqu’il y a des ruptures, des alternances. A nous maintenant de faire en sorte que notre programme prenne vie. Et pour qu’un programme prenne vie, il doit avoir sa traduction administrative, dans les services, dans les directions, et c’est ça que nous sommes en train de mettre en place.

LM : Durant ces trois premières semaines de mandat, est-ce que vous avez effectivement eu l’occasion de pouvoir activer des leviers ou est-ce que c’est beaucoup de rattrapage de dossiers ?

VS : Déjà, il faut apprendre un petit peu les choses. Donc d'abord l’état des lieux, les diagnostics, et que chaque vice-président prenne sa place. Il y a aussi la volonté de faire, de mettre très vite en œuvre ce pourquoi nous avons été élus, avec les feuilles de route qui se mettent en place à court, à moyen et à long terme. On fait vraiment un travail d’appropriation de la collectivité, de ses compétences et la volonté de mettre le projet pour lequel nous avons été élus en route. Alors bien sûr, les trois premières semaines sont des semaines denses, parce qu’encore une fois, il faut avoir tous les diagnostics. Nous sommes en train de le faire et au fur à mesure, les vice-présidents ou les services font remonter des situations.

LM : L'échéance des 100 premiers jours de mandat se situera début juillet. C'est une date importante à vos yeux ?

VS : C’est quelque chose qui a du sens. Je ne calcule pas forcément les 100 jours, mais je veux répondre aux gens qui attendront qu'il se passe quelque chose avant l'été. Puis il y aura septembre. Pour le projet Rive droite, vous le savez, je l'ai stoppé tout de suite. Pour la rue Grenette à Lyon, je me donne un petit peu plus de temps. J'ai demandé à ce qu’on puisse avoir, avant l’été, peut-être une solution qui convienne à tout le monde et qui permette enfin d’ouvrir un petit peu notre Presqu’île. On le travaille avec le maire de Lyon. Et puis il y a évidemment l'audit, qu'on espère aussi obtenir avant l'été.

LM : Puisqu'on parle d'été, beaucoup de professionnels du tourisme et du commerce attendent la saison avec impatience. Or, les écologistes ne se sont jamais cachés d'un changement drastique de stratégie sur la question, avec l'arrêt du lobbying d'ONLYLYON, d'aller convaincre des nationalités comme les Américains ou les Chinois de venir à Lyon. On peut vraiment relancer rapidement cette machine, et est-ce votre objectif ?

VS : Lyon n’est plus du tout dans les radars internationaux. Il faut absolument retrouver cela. C’est un travail de marketing territorial à mettre en place. Ainsi qu'un travail de valorisation de nos filières d’excellence, de notre territoire, de notre gastronomie. Il faut aussi étudier la possibilité d’accueillir des événements internationaux qui peuvent montrer aussi un certain savoir-faire. L’idée, ce n’est pas de rivaliser avec la capitale parisienne, mais de montrer qu’il y a une spécificité dans l’agglomération lyonnaise, que ce soit d’accueil, que ce soit de terroir, de patrimoine. Tout ça se construit et vous avez parfaitement raison, ça se fait sur du moyen terme parce qu’évidemment ça ne peut pas se faire du jour au lendemain. En tout cas, la volonté est là.

LM : Et sur le volet économique que vous connaissez bien (Véronique Sarselli est professeur d'économie en université ndlr) ?

VS : Ca dépendra. En termes d’attractivité économique, il y a des choses qui peuvent prendre du temps, mais aujourd’hui, on a un monde économique qui est attentif, qui attend, qui est très demandeur. Et cette relation de confiance, elle est capitale pour renouer avec la croissance économique, pour renouer avec l’attractivité du territoire. Vous savez que j'ai organisé mes vice-présidences en pôles. Et ce pôle "Economique-attractivité" qui réunit à la fois l’économie, l’insertion professionnelle, mais aussi le commerce et l’artisanat, c’est une dynamique globale. J'ai 4 vice-présidents aujourd’hui qui sont capables de venir à votre écoute et qui seront capables de faire des actions avec vous assez rapidement. Je pense que c’est important parce que la santé économique de notre territoire est liée à tous ces acteurs.

LM : Revenons à vos premières semaines à votre poste. Vous aviez promis un changement de méthode avec les élus de l’agglomération. Avec les vacances de Pâques, difficile de voir les maires. Vous avez rencontré Grégory Doucet... et qui d'autre ?

VS : C’est une question d’agenda et de calendrier qui se mettent en place. Les collègues maires ont repris leur mandat aussi, donc il faut les laisser s’installer. Des rendez-vous sont programmés avec toutes les communes. Alors évidemment, j’ai démarré avec Lyon à la demande de Grégory Doucet. Je n’avais aucune raison de dire non, bien évidemment. Et puis il y a ceux qui sont plus ou moins pressés de me voir. Ce travail est en cours et les vice-présidents concernés se sont mis au travail, ont rencontré les maires, rencontrent les élus, les adjoints, les entreprises, les acteurs de terrain. Tout se fait véritablement dans cette méthode là, dans le dialogue et dans l’écoute.

LM : Un certain nombre de vos vice-présidents sont également maires. Vous avez choisi de cumuler le mandat de présidente de la Métropole avec celui de présidente du Sytral. Au-delà des critiques de l'opposition écologiste qui refusait le cumul - excepté pour Bruno Bernard -, comment rassurer les citoyens qui craignent de vous voir vous éparpiller ?

VS : C’est une bonne question ça. Les vice-présidents écologistes étaient tenus de ne pas cumuler à côté, mais pour quel résultat ? Pour ne pas connaître les territoires ? Pour ne pas aller discuter, pour ne pas aller dialoguer ? Moi je crois au contraire que le retour des maires dans l’Assemblée était une nécessité impérative. Cet éloignement des territoires est au cœur de ce qui s’est passé ces six dernières années, qui a été très difficile à travailler. Et le retour des maires dans l’hémicycle est vraiment l’assurance que nous allons tenir compte de l’intérêt des Grands Lyonnais.

LM : Être moins lyonno-centré dans l’approche métropolitaine, c'est votre marque de fabrique ?

VS : Je l’ai dit et redit : Lyon est la ville centre de la métropole et ne doit pas nier sa centralité. Et aucun Grand Lyonnais qui n’habite pas Lyon ne remettra en cause ce que je suis en train de dire, bien au contraire. Tous les Grands Lyonnais ont envie qu’elle rayonne. Donc le sujet, ce n'est pas "Lyon contre les autres communes". Car si la ville-centre va bien, le reste va bien. Et ça, j’en suis totalement persuadée.

LM : On se souvient en 2020 que David Kimelfeld avait plusieurs fois proposé son aide aux écologistes. En sa qualité de président sortant de la Métropole, il pensait pouvoir les conseiller, surtout en pleine crise sanitaire. Une main tendue sans cesse repoussée. Qu'en est-il de Bruno Bernard ? Est-il présent, ou bien est-il passé à autre chose ?

VS : Pour vous dire la vérité, et j’ai trouvé ça très bien : Bruno Bernard m’a appelé dès le dimanche soir pour me féliciter et tout de suite il a demandé à ce qu'on se voit rapidement. On s’est vu le mardi dans le bureau de la présidence à l'Hôtel de la Métropole. Il m’a remis entre les mains les dossiers les plus sensibles, il m’a donné deux ou trois conseils très avisés, que j’ai pris tout à fait positivement. Depuis, on a eu des conversations sympathiques tous les deux. Mais je ne l'ai pas re-sollicité et il n’a pas été dans l’attitude de revenir et de dire “est-ce que vous avez besoin d'aide ?” Il a été très classe, très républicain et respectueux. Et d'ailleurs, David Kimelfeld m'a également écrit pour me féliciter et me dire que si j'avais besoin, il serait également disponible. Je trouve ça plutôt bien.

LM : Nous sommes au tout début de votre mandat. Mais qu’est-ce que vous aimeriez que les habitants, que les entrepreneurs, que les commerçants, que le monde de la culture, les associations puissent dire, analyser de votre mandat à son issue ?

VS : Je suis une femme d’engagements. J'aimerais qu’ils disent que j'ai respecté mes engagements dans l’intérêt des Grands Lyonnais, bien sûr, c’est ça qui me guide. On est parti avec un programme. Et quand on est élu à 10 circonscriptions sur 14, ça veut bien dire qu’il y a l’adhésion à un projet de campagne électorale. Je ne vois pas comment je ne pourrais pas mettre en œuvre les engagements pour lesquels j’ai demandé à être élue !

LM : Vos premières décisions comme stopper le projet Rive Droite ou arrêter TEOL ont été salués par une majorité de la population. Mais vous savez aussi que les habitants ne se contenteront pas longtemps d'un mandat qui défait ce qui avait été mis en place par les écologistes. Les attentes se feront sur des projets nouveaux...

VS : Sur des projets nouveaux et sur une méthode nouvelle. C’est pour ça que côté communes, il faut très vite aller voir les maires, travailler à ce pacte de cohérence métropolitain, travailler à ce que sera la gouvernance métropolitaine. Et côté habitants, il faut être pragmatique et mettre en œuvre très vite les aménagements nécessaires. Évidemment, on parle beaucoup de voiries, mais c’est le cœur de la compétence métropolitaine. Il faudra très vite faire en sorte que les Grands Lyonnais se disent qu'ils ont retrouvé de la qualité de vie. Donc on y va, on démarre, on a pris quelques décisions et on continuera à les prendre, en espérant que les choses puissent se mettre rapidement en place.

LM : Et vous pensez que les planètes sont suffisamment alignées avec la cohabitation Ville-Métropole pour que ça soit le mandat qui permette enfin aux habitants de comprendre et de mieux connaître la Métropole, sa présidente et ses élus ?

VS : C’est notre objectif, notre enjeu à faire en sorte d’être d’abord des élus de proximité. C’est le fil rouge parce qu'il faut que les citoyens s’approprient cette collectivité territoriale. Il faut aussi arriver à se dire que cette Métropole de Lyon, elle est importante par rapport aux territoires voisins. Donc il va falloir énormément travailler avec les départements qui touchent la Métropole de Lyon, la Région Auvergne-Rhône-Alpes, et puis pourquoi pas, vue sa place en Europe, à l'échelle nationale et internationale. Vous savez, j’ai été maire pendant 12 ans, je peux vous assurer que quand vous écoutez la population, vous avez déjà fait plus de la moitié du chemin pour trouver la solution. A nous de prendre les décisions qui vont permettre à la Métropole de Lyon d’être enfin la collectivité qu’elle doit être en région mais aussi au niveau français et européen.

LM : Effectivement, cette situation inédite avec Métropole, Région, Département alignés, ça laisse entrevoir un lot de possibilités de leviers, de finances qui est quand même assez vertigineux. Et là-dessus, il ne faut pas se louper...

VS : Il faut aller vite. Les contacts ont déjà été pris, vous vous en doutez bien. La complémentarité, ça crée l’efficacité. Il y a énormément de sujets qui nous concernent. Les collèges, c'est la Métropole, les lycées c'est la Région. Ne me dites pas il y a qu’il y a pas de complémentarité à faire ! Et puis bien évidemment, il y a des mobilités puisque notre territoire ne s’arrête pas à ses frontières administratives. Donc très vite, il y a l’enjeu du SERM (Service express régional métropolitain ndlr) qu’il va falloir accélérer. Je pense aussi à l’économie bien sûr, puisque la Région a la compétence économique. C’est l’ambition que nous avons tous. Et puis je le martèle : à nous de faire comprendre aux Grands Lyonnais combien cette Métropole de Lyon est là pour les accompagner.

LM : Ça veut dire qu’on va voir fleurir des panneaux rouges de la Métropole partout comme les bleus de la Région ?

VS : (sourire) La vraie question, c'est "Est-ce qu’ils vont rester rouges ?". Non, ce n’est pas dans ce sens-là que je l’entendais. Renouer avec la population, ça veut dire aussi s’appuyer sur les acteurs locaux et s’appuyer sur la commune.

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Alfred le 20/04/2026 à 08:39

Et c'est partie pour les reniements !

"une solution qui convienne à tout le monde et qui permette enfin d’ouvrir un petit peu notre Presqu’île"

Vous la sentez la non réouverture réelle de la rue Grenette ?

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